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Hongrie : une bonne nouvelle pour la démocratie

  • Photo du rédacteur: eddyfougier
    eddyfougier
  • 2 mai
  • 9 min de lecture

La grande victoire du parti Tisza de Peter Magyar lors des élections législatives du 12 avril 2026 en Hongrie est un événement politique très important pour au moins trois raisons.



La bonne nouvelle venue de Hongrie


La Hongrie a été et reste un grand symbole des évolutions politiques de ces dernières décennies.


En 1956, les Hongrois ont été, en effet, les premiers au sein des démocraties populaires d’Europe de l’Est appartenant alors au Pacte de Varsovie à se soulever contre le pouvoir communiste dans ce pays et, plus largement, contre la domination soviétique. Cette révolte a néanmoins été brutalement réprimée avec l’intervention de l’armée soviétique.


En 1989, la Hongrie a été le premier pays du Pacte de Varsovie à se libéraliser, à ne plus s’appeler officiellement "démocratie populaire" et à ouvrir le rideau de fer la séparant de l’Autriche. Des milliers d’Allemands de l’Est en ont alors profité pour passer à l’Ouest, ce qui a contribué à accélérer la crise en RDA conduisant à la chute du mur de Berlin au mois de novembre.


En 2010, le FIDESZ de Viktor Orban remporte une victoire historique aux élections législatives en obtenant plus de deux-tiers des sièges du Parlement, ce qui lui permet de modifier la Constitution du pays, ce qu’il fera en 2012. Au moment de la crise des réfugiés de 2015, la Hongrie d’Orban érige un mur anti-migrants à sa frontière avec la Serbie… 26 ans après avoir démantelé le rideau de fer à sa frontière avec l’Autriche.


La Hongrie devient ainsi progressivement le premier pays membre de l’Union européenne à ne plus être une démocratie libérale en tant que telle. Viktor Orban revendique lui-même, notamment depuis un célèbre discours prononcé en 2014, la notion de "démocratie illibérale". En 2018, le Parlement européen a d’ailleurs lancé une procédure contre la Hongrie de Viktor Orban pour violation de l’Etat de droit, en qualifiant le régime hongrois d’"autocratie électorale". Quatre ans plus tard, le même Parlement européen a adopté une résolution indiquant que la Hongrie est une "autocratie électorale", qui viole les valeurs sur lesquelles l’Union européenne est fondée.


Même si la Hongrie n’était plus le seul gouvernement au sein de l’UE à ne plus se revendiquer de la démocratie libérale, elle était tout de même perçue comme un véritable "modèle" par la plupart des mouvements de la droite radicale, populiste ou extrême en Europe et même ailleurs. Le vice-président des Etats-Unis J. D. Vance s’est même rendu à Budapest avant l’élection pour soutenir Viktor Orban.


Pour le politologue Yascha Mounk, la Hongrie d’Orban était par conséquent un grand symbole qui a contribué à remettre en cause la vision que l’on avait jusqu’ici de la démocratie : "Les politistes pensaient autrefois que les pays aussi prospères et dotés d'une longue tradition démocratique que la Hongrie ne devraient pas être susceptibles de basculer dans la dictature. La capacité d'Orban à saper des institutions démocratiques essentielles comme la liberté de la presse semblait donc indiquer que même les pays situés au cœur même des bastions traditionnels de la démocratie pouvaient être vulnérables à un grave recul démocratique".


La défaite cuisante du FIDESZ de Viktor Orban le 12 avril devrait donc être perçue comme une bonne nouvelle par les démocrates, d’autant que le taux de participation a été bien plus élevé que d’habitude (79,5 %, contre 68,7 % lors du dernier scrutin de 2022), ainsi que l’affirme Yascha Mounk : "quiconque se soucie de valeurs fondamentales comme l'État de droit devrait saluer la défaite d'Orban comme un grand pas dans la bonne direction. L'élection de dimanche a été un jour favorable pour la Hongrie et pour la démocratie".


D'après lui, elle devrait également nous rendre optimiste sur la capacité de résilience des démocraties : "Le résultat du vote de dimanche devrait donc nous rendre un peu plus optimistes quant aux perspectives de résilience démocratique dans d’autres pays où des démagogues tentent quotidiennement de contourner les limites constitutionnelles de leur pouvoir, y compris aux États-Unis".


Au-delà de cette bonne nouvelle, il convient néanmoins de se montrer prudent sur ce qu'il va se passer après cette élection. Ce type de régime autocratique peut être renversé par les urnes. On l’a bien vu en Pologne ou au Brésil en 2023. Mais le chemin du retour vers une démocratie libérale à part entière est tout de même pavé d’embûches.


Yascha Mounk rappelle à ce propos qu’il existe un "dilemme post-populiste" : "Orban a placé tellement de ses proches à des postes de pouvoir que, même si son parti est réduit à un petit groupe parlementaire, il conservera la capacité de saboter l'action gouvernementale de mille façons. Magyar se trouve donc face à deux choix tout aussi déplaisants. Il peut choisir de respecter scrupuleusement les règles en vigueur ; mais ce faisant, il laissera nombre de personnes nommées par Orban, et souvent corrompues, à des postes clés au sein de l'administration et des médias d'État, rendant sa tâche quasi impossible. Ou bien il peut limoger quiconque semble plus loyal à Orban qu'à la Constitution ; mais ce faisant, il normalisera de facto l'idée que chaque nouveau Premier ministre se contente de limoger toute personne nommée par son prédécesseur. La difficulté de gérer ce dilemme post-populiste explique en partie pourquoi même un revers important pour les démagogues ne signifie pas toujours la fin de leur carrière politique".


La nouvelle majorité en Hongrie dispose de plus de deux-tiers des sièges (138 sièges sur 199). Elle est par conséquent en mesure de revenir sur une partie des mesures qui avaient été adoptées par le FIDESZ lorsqu’il était au pouvoir. Malgré tout, il va falloir tenir compte de trois éléments.


Le premier est que le président hongrois Tamas Sulyok, membre du FIDESZ, est en poste jusqu’en 2029 et a vu ses pouvoirs renforcés récemment. Il peut avoir un pouvoir d’obstruction par rapport au nouveau gouvernement, comme on peut le voir, par exemple, en Pologne actuellement.


La coalition formée par Peter Magyar est très diverse. Ses différentes composantes vont donc devoir s’entendre pour pouvoir gouverner ensemble. Enfin, Peter Magyar lui-même est un conservateur, ancien membre du FIDESZ, qui n’a rompu avec Viktor Orban que depuis 2024. On a pu voir d’ailleurs au Parlement européen que les votes de son parti étaient largement alignés sur ceux du FIDESZ, notamment sur l’immigration et sur l’Ukraine. La rupture par rapport au gouvernement du FIDESZ peut par conséquent ne pas être aussi forte que prévue. Certains s’interrogent également sur la tentation que pourrait avoir Peter Magyar d’user et d’abuser de ce nouveau pouvoir à partir du moment où la coalition qu’il dirige dispose d’une majorité plus large que ce que le FIDESZ n’a jamais eu au Parlement.


Gabriela Greilinger et Cas Mudde, l’un des meilleurs spécialistes du populisme, en concluent dans une tribune récemment publiée dans The Guardian, avant les résultats de dimanche, que "Le meilleur scénario pour la Hongrie serait un retour à la démocratie électorale sous un gouvernement Magyar. La démocratie libérale, cependant, restera probablement hors de portée pour le moment". En effet, comme l’écrit Yascha Mounk, "la lutte pour la démocratie est un marathon, pas un sprint".



La fin de la démocratie libérale n’a rien d’inexorable


Cette défaite du FIDESZ de Viktor Orban en Hongrie tend également à montrer que, contrairement à ce que l’on pense très (trop) souvent depuis quelques années, le devenir illibéral, voire autoritaire, des démocraties libérales sous l’impulsion de courants de la droite populiste, radicale, nationaliste ou extrême, n’a rien d’inexorable.


Cette vision décliniste de la situation de la démocratie dans le monde correspond néanmoins à une tendance réelle que l’on peut observer depuis une vingtaine d’années. C’est ce que montre en particulier le Democracy Report 2026, qui a été publié en mars 2026 par le V-Dem Institute, la référence concernant les études sur la démocratie dans le monde.



Depuis deux siècles, il y a eu plusieurs vagues de démocratisation dans le monde, qui ont été suivies de vagues de reflux démocratiques. Une importante vague de démocratisation s’est ainsi produite à partir des années 1970 et a été renforcée par la fin de la guerre froide, avec notamment la libéralisation de la Hongrie, qui devient une démocratie libérale à partir de 1991, et ce, jusqu’en 2009 et au retour du FIDESZ au pouvoir. De très nombreux pays ont alors basculé dans le camp de la démocratie.


Or, depuis 2000, on peut observer une tendance inverse à l’échelle mondiale. Le rapport du V-Dem Institute parle d’une troisième vague d’autocratisation, soit l’inverse même de la démocratisation. Cela se traduit par un déclin du nombre de démocraties dans le monde, et tout particulièrement du nombre de démocraties libérales, et du nombre de personnes vivant en démocratie. En 2025, 74% de la population mondiale vivait ainsi dans une autocratie. Cette vague se manifeste aussi par un recul de la liberté d’expression, de la liberté d’association, de la liberté et de l’équité des élections ou encore par la censure des médias.


Il classe d’ailleurs la Hongrie parmi les "autocraties électorales", au même titre que la Russie, la Serbie, la Turquie, l’Egypte, l’Iran ou le Venezuela. Celle-ci était classée comme démocratie électorale (démocratie où l’Etat de droit et les libertés civiles sont moins bien respectés qua dans une démocratie libérale) entre 2010 et 2017, puis comme autocratie électorale depuis 2018 et surtout depuis 2022.


Les auteurs de ce rapport considèrent ainsi que "La démocratie est confrontée à des défis existentiels à travers le monde", d’autant que "Le 'centre de gravité' de l’expérience humaine et de la gouvernance mondiale s’est fortement déplacé vers l’autoritarisme".


Mais la cause démocratique ne semble pas perdue pour autant. Le rapport rappelle à ce propos qu’"environ 70 % des épisodes d’autocratisation de la 'troisième vague' ont été inversés".


Cela semble se produire en particulier lorsque trois éléments sont réunis :

  • (1) La présence de garde-fous institutionnels solides

  • (2) Un activisme sociétal avec une opposition unie, une société civile forte et active, des médias indépendants et des manifestations pro-démocratie non violentes et populaires

  • (3) Une réaction précoce car la plupart des revirements se produisent vers la fin du premier cycle électoral.


Il existe un autre rapport de référence sur la démocratie dans le monde, qui est publié par l’Economist Intelligence Unit (EIU), Democracy Index 2025. Or, celui-ci semble être plus optimiste que le rapport du V-Dem Institute.

 


Ses auteurs estiment ainsi que "L'état de la démocratie dans le monde montre des signes de stabilisation. Après huit années consécutives de recul, nos données indiquent que la récession démocratique s'est stabilisée, près de 75% des pays ayant amélioré ou maintenu leur score cette année [2025]. Pourtant, cette stabilité apparente masque une forte volatilité sous-jacente. Des soulèvements de la génération Z réclamant la responsabilité des gouvernements en Asie et en Afrique subsaharienne à l'érosion marquée des libertés civiles et du fonctionnement de l'État aux États-Unis, le risque politique demeure une force dominante et imprévisible".


 

The Economist en conclut que "La démocratie mondiale se porte mieux que vous ne le pensez. L'indice annuel de l'EIU suggère la fin de la récession démocratique".



La défense de la cause de la démocratie libérale : la mère de toutes les batailles


L’Observatoire du Positif est très engagé en la matière car il considère que le combat en faveur de la démocratie libérale est la mère de toutes les batailles.


Cela ne doit pas conduire pour autant à nier le déclin de la démocratie dans le monde, comme on l’a bien vu, ou bien la "grande fatigue démocratique" ressentie par une partie notable des populations, qui se traduit par une baisse de la participation électorale, une défiance semble-t-il croissante vis-à-vis des élites politiques, des partis ou des médias, la montée des forces politiques populistes (et même leur arrivée au pouvoir dans de nombreux pays) ou le sentiment que la démocratie ne fonctionne pas bien.


La défense de la démocratie, et plus précisément de sa version libérale, n’en est pas moins la mère de toutes les batailles.


On le voit bien à propos du climat ou de la paix. Les régimes politiques illibéraux, à l’instar de l’actuelle Administration Trump, apparaissent particulièrement nuisibles en la matière. Cela signifie que, si l’on veut promouvoir la paix ou bien la lutte contre le dérèglement climatique, il est nécessaire, au préalable, de défendre la démocratie libérale. C’est une condition sine qua non.


Le plus grand défi des sociétés développées n’en reste pas moins de parvenir à gérer une plus grande diversité - des points de vue, des horizons, des cultures, des lieux de résidence, des niveaux de diplôme, des orientations sexuelles, des identités, des origines, des confessions religieuses - sans se déchirer et sans remettre fondamentalement en cause leur stabilité.


Or, la démocratie est sans aucun doute le meilleur régime, ou du moins le moins pire des régimes, pour réguler les opinions divergentes sans tomber dans le conflit et la violence grâce à des institutions, à différents mécanismes, comme le vote, et à un état d’esprit de dialogue, d’échange et de débat.


C’est encore plus vrai pour la démocratie libérale, qui est une démocratie avec des garde-fous face au risque de pouvoir illimité des dirigeants, des élites, de la majorité ou bien du peuple. Par ailleurs, elle est censée ne pas imposer de doctrine ou de religion en ne s’occupant pas de ce qui relève de la sphère privée. Elle apparaît donc comme le régime le plus approprié pour gérer cette diversité croissante.


Les démocraties n’en doivent pas moins répondre à deux grands défis.


Le premier est celui de la justice alors qu’une partie de la population tend à estimer, à tort ou à raison, que la démocratie libérale est un régime qui favorise avant tout les catégories favorisées et que l’Etat de droit est le plus souvent partial.


Le second défi est celui de l’efficacité dans la résolution de différents défis alors qu’une partie de la population tend à considérer que d’autres régimes, plus autoritaires, se montrent ou se montreraient plus efficaces pour lutter contre le déclin, différentes formes de menaces ou bien le dérèglement climatique.

 
 
 

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