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Retrouver notre capacité d’attention

  • Photo du rédacteur: eddyfougier
    eddyfougier
  • il y a 5 jours
  • 6 min de lecture

25 ans, c’est le temps que pourraient passer les jeunes générations actuelles sur leur smartphone durant leur vie d’après une étude publiée en 2025 au Royaume-Uni sur la base d’une enquête menée auprès d’environ 3 000 jeunes au Royaume-Uni et en Irlande.


Les auteurs de l’étude indiquent qu’"Au XXIe siècle, l’exploitation et la marchandisation de l’attention humaine constituent l’industrie qui connaît la croissance la plus rapide au monde. Alors, pourquoi l’attention est-elle si précieuse ? Parce que nous n’en avons qu’une quantité limitée".


Dans cette même étude, 47% de ces jeunes mentionnent le fait que leur sommeil est perturbé en raison d’une utilisation nocturne de leur appareil, 68% d’entre eux jugent que leur utilisation du smartphone a un impact négatif sur leurs résultats scolaires et plus de 75%, que cela influe sur leur santé mentale.


Un article récent de Courrier international indiquait à ce propos qu’"aux Etats-Unis, les enseignants ont de plus en plus de mal à montrer des films à leurs élèves, qui viennent pourtant étudier le cinéma […]. Accros à leurs téléphones, incapables de se concentrer longtemps, ces jeunes gens souffrent d’un mal qui semble toutefois affecter toute la société".



La grande bataille de l'attention


En novembre 2025, l’hebdomadaire Le 1 consacrait d'ailleurs un numéro à "La bataille de l’attention" en mentionnant un certain nombre de données assez édifiantes en la matière :


  • Sur son temps libre, un Français passe en moyenne 3h21 par jours devant un écran

  • En 2004, on passait en moyenne 2 minutes 30 sur un même écran. En 2023 ce temps a été réduit à 47 secondes

  • 32% des Français lisent moins parce qu’ils n’arrivent pas à se concentrer suffisamment


Or, les conséquences sur l’économie de ces évolutions semblent être considérables :


  • 42% des employés disent ne pas pouvoir se concentrer plus d’une heure sans être interrompus

  • Il est estimé que la dégradation de la santé mentale et du temps productifs due à la captation de l’attention coûte 0,6% du PIB par an. En 2060, elle devrait coûter 2,9% du PIB, notamment à cause de la détérioration des capacités cognitives

  • En 2023, un employés américain perdait en moyenne 75 heures par an à gérer des mails inutiles et 127 heures par an, en cumulé, à retrouver sa concentration après avoir été dérangé. Cette distraction représenterait 468 milliards de dollars par an de manque à gagner pour les entreprises américaines



Un rapport officiel en France publié en 2022 par le Conseil national du numérique et intitulé Votre attention, s’il vous plaît ! Quels leviers face à l’économie de l’attention rappelait ainsi que "les plateformes numériques se sont lancées dans une course à la captation de l’attention, notamment en raison de leurs modèles d’affaires, pour la plupart fondés sur la collecte des données et la publicité ciblée, qui ont pour but de maximiser le temps passé par les utilisateurs devant les écrans".


Les auteurs indiquent que cela peut conduire à "de nouvelles formes de manipulation des comportements : les technologies persuasives opèrent à un niveau infraconscient, à l’insu des individus, qui se voient ainsi souvent réduits à un ensemble de réactions réflexes et privés de leurs capacités réflexives".


 



Or, ainsi que l’affirme le philosophe Baptiste Morizot dans le numéro du 1, "L’attention est ce qui nous rend présents au monde et présents aux autres. Le drame des algorithmes et de la vie sous smartphone, c’est justement de briser ce lien en venant, de façon intrusive, prendre le contrôle de notre vie intérieur. La totalité de la chaîne, depuis la vie intérieure jusqu’à la vie sociale et politique, est colonisée est dégradée par cet ‘extractivisme attentionnel’".


Pour lui, "Il y a deux facultés dans l’attention. Ce qu’on appelle la ‘visée attentionnelle’, qui est mobile et capable de viser volontairement un objet. Et ce que j’appelle la ‘présence’, qui est une capacité immobile et ample à détecter des choses suffisamment intéressantes pour que la visée s’y intéresse. La ‘captologie’ de la Silicon Valley, c’est-à-dire la science de la captation de l’attention, a découvert un phénomène très simple : si on veut capter la visée et la maintenir dans des boucles, il suffit de lui envoyer des ‘captivations’ à une fréquence suffisamment intense pour que la  présence s’éteigne complètement et que la visée tourne à l’aveugle. Et ça, ça s’appelle ‘scroller’. Le marché de l’algorithme est construit tout entier sur cette logique […] le principe d’un algorithme est de capter et maintenir l’attention, mais aussi de la dégrader pour qu’on n’ait pas un sursaut en réalisant qu’on n’a rien à faire sur Facebook, par exemple. L’algorithme optimal est donc celui qui est capable de capter, maintenir et dégrader l’attention, en permanence. On devient alors absents à nous-mêmes et on ne plus sortir de l’hypnose". Cela conduit même à ce que Baptiste Morizot qualifie d’"attention zombie", qu’il oppose à l’"attention vivante".



Comment reprendre le contrôle sur notre attention ?


Les déclencheurs internes de la distraction


Nir Eyal, auteur de Indistractable : How to Control Your Attention and Choose Your Life (2019), indique dans un article publié dans Psyche qu’il y a un préalable crucial. De son point de vue, "La distraction commence souvent de l'intérieur, et non de l'extérieur, et j'ai constaté que la solution résidait dans l'identification et la gestion du malaise psychologique qui nous fait dévier de notre chemin". Avant de s’intéresser aux "déclencheurs externes", il paraît donc indispensable de se pencher sur ses "déclencheurs internes".


 


Nir Eyal estime, en effet, que "Bien souvent, la distraction est un moyen pour votre cerveau d'esquiver des sentiments difficiles comme l'ennui, la solitude, l'insécurité, la fatigue et l'incertitude. Ce sont les déclencheurs internes – les causes profondes – qui vous incitent à chercher le réconfort de la distraction et à ouvrir un onglet de navigateur, Twitter ou vos e-mails, au lieu de vous concentrer sur le problème en cours. Une fois ces déclencheurs internes identifiés, vous pouvez choisir d'y réagir de manière plus constructive. Vous ne pourrez pas toujours contrôler vos émotions, mais vous pouvez apprendre à contrôler votre réaction".


Pour lui, la distraction n’est pas le problème, mais donc bel et bien un symptôme. Or, ce sont "Ces raisons plus profondes et systémiques – comme l'incapacité à gérer la peur, l'anxiété ou le stress – [qui] méritent toute notre attention, car c'est seulement en les abordant que nous pourrons progresser réellement. Lorsque nous commençons à comprendre ce que nous cherchons à éviter en cliquant sur Twitter ou en consultant les actualités pour la dixième fois de la journée, nous pouvons commencer à nous attaquer au problème à la source, au lieu de le masquer par une distraction supplémentaire. Nous prenons également conscience à quel point le fait d'éviter l'inconfort par la distraction peut être une habitude ancrée, et combien elle fait désormais partie intégrante de notre façon de travailler et de vivre".


Nir Eyal propose ainsi


  • d’explorer ses "déclencheurs internes"

  • de "changer de perspective" face à une tâche fastidieuse ou difficile en essayant de "trouver des moyens d'envisager l'expérience sous un angle positif"

  • d’identifier ses priorités en établissant "un emploi du temps qui vous permette de vous consacrer à ce qui compte le plus pour vous" de sorte à "organiser explicitement votre temps autour des éléments sur lesquels vous souhaitez vous concentrer"

  • de lutter contre les "déclencheurs externes" en réduisant le nombre d’applications installées sur son smartphone ou de notifications

  • et de s’engager auprès de soi-même ou des autres dans la gestion de son temps afin d'"éviter les impulsions passagères"



Vers un minimalisme psychologique ?


Dans un article plus récent publié en février 2026 par le psychologue cognitiviste Yousri Marzouki, toujours sur le site Psyche, celui-ci défend ce qu’il appelle un "minimalisme psychologique".


C'est "Une méthode pratique pour optimiser votre attention et reprendre le contrôle de votre vie grâce à la réduction intentionnelle du bruit mental". Celle-ci s’adresse à "tous ceux qui se sentent régulièrement submergés par les notifications, les pings et les onglets, et qui aspirent à retrouver leur concentration sans adopter un mode de vie austère".


Yousri Marzouki conseille en premier lieu d’analyser ses "fuites d’attention", avant de chercher à réduire le "bruit cognitif". Cela passe par une réduction de sa présence numérique en supprimant "les principales sources de distraction et d'interruptions liées aux applications", mais aussi par une "réduction physique", en réduisant "l'encombrement visuel et matériel de votre environnement physique", et par une "réduction temporelle", via 'des rituels simples et répétables pour structurer votre journée, réduire les prises de décision et éviter le retour des distractions cognitives".


Il conseille également d’appliquer "la même logique aux nouveaux engagements et acquisitions" : "Avant d'accepter une demande, d'installer une application ou d'acheter un article, prenez un instant pour réfléchir : est-ce essentiel ? Est-ce durable ? [...] Cela réduira-t-il la charge mentale au lieu de l'alourdir ? Si la réponse est négative ou incertaine, considérez le choix comme un 'non pour le moment'".


Enfin, il rappelle qu’il est important de conserver "une approche bienveillante en vous rappelant que le minimalisme n'est pas de l'austérité, mais une forme de responsabilité".




Il existe bien évidemment de très nombreuses autres méthodes pour retrouver sa capacité d'attention.


L’idée n’est ici en aucun cas d’être exhaustif en la matière, mais d’inciter à ne pas être le jouet de cette captation de l’attention, en particulier par les plateformes numériques d’autant que leurs algorithmes de recommandation nous incitent le plus souvent à avoir une vision largement déformée et assombrie de la réalité.




 
 
 

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