Le risque d'une exposition à la désinformation
- eddyfougier
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Deux enquêtes récemment publiées en France montrent à quel point la population est exposée aux fausses informations et à quel point elle y est aussi vulnérable.
Les Français et la désinformation
Dans une enquête de l’Arcom parue en mars 2026, 97% des Français sondés déclaraient être exposés à des fausses informations (70 %, au moins une fois par semaine, et 33 %, au moins une fois par jour). Pour une très large majorité d’entre eux, ces fausses informations contribuent à dégrader la confiance dans les médias et dans les institutions et sont par conséquent un facteur de risque pour la démocratie.


L’Arcom a également soumis aux mêmes 2 000 répondants 10 informations qui ont "toutes circulé réellement sur les réseaux sociaux". Celles-ci portaient sur des thèmes sociétaux, environnementaux, numériques et internationaux. Sur ces 10 informations, 7 étaient fausses et 3 étaient vraies.
Résultat, entre 20 et 65% des personnes interrogées ont déclaré exactes les fausses informations qui leur étaient présentées.
Les 3 fausses informations qui ont été les plus nombreuses à avoir été déclarées exactes étaient les suivantes :
"Une manifestation antiimmigration rassemble plus de 3 millions de personnes à Londres le 13 septembre 2025" : 65% ont déclaré cette fausse information exacte – 67% disaient être certains de leur jugement
"81% des soignants refusent de se faire vacciner contre la grippe" : 48% ont déclaré cette fausse info exacte - 66% disaient être certains
"Chaque éolienne rejette des centaines de kilos de microfibres toxiques dans la nature": 46% ont déclaré cette fausse info exacte - 55% disaient être certains
Ce sont les hommes de 25 à 44 ans, CSP-, peu éduqués et s’informant surtout sur les réseaux sociaux qui sont jugés par l’Arcom comme les plus "perméables aux fausses informations". On observe également une corrélation entre cette perméabilité et une forte adhésion aux thèses complotistes.
L’Arcom en conclut qu’il y a chez les personnes sondées "une surestimation généralisée de la capacité à discerner le vrai du faux".
C'est ce que semblent bien démontrer également les résultats d'une autre enquête. En février 2026, l’Ifop a réalisé pour Cision un "Quizz anti-fake news auprès de 2 000 Français" afin d’"évaluer la capacité des Français à repérer et comprendre les mécanismes de la désinformation".

Or, la note moyenne sur 20 s’établit à 5,4. 45% de l’échantillon obtient une note entre 0 et 4 et seul 11 % a une note supérieure à 10.
Une très faible majorité des personnes sondées a pu, par exemple, trouver les bonnes réponses aux affirmations ou aux questions suivantes :
Les comportements pouvant indiquer qu’un influenceur ou un éditorialiste n’est pas forcément digne de confiance (8%)
Les critères sur lesquels se basent les algorithmes des réseaux sociaux pour nous suggérer des publications ou des comptes susceptibles de nous intéresser (4 %)
Les réflexes à adopter face à un titre d’article sensationnaliste ou choquant (16%)
Ce qui peut inciter une personne à créer des fake news (22%)
Les thèmes qui sont victimes de désinformation (11%)
Les phrases qui doivent éveiller notre méfiance quant à la crédibilité des propos de ceux qui les tiennent (1%)
La capacité à détecter un visage qui n’a pas été créé par une IA (3%)
Les moyens de repérer un deepfake vidéo (24%)
Désinformation : sommes-nous tous manipulés ?
Pour tenter de mieux comprendre ce qu'est la désinformation, David Colon, historien, chercheur au Centre d’histoire de Science Po, qui est l’un des meilleurs spécialistes en France de la propagande et de la désinformation, est intervenu le 28 mai 2026 dans un webinaire de The Conversation France. Cette intervention avait pour thème "Désinformation : sommes-nous tous manipulés ?".

Dans ce webinaire, David Colon rappelle à quel point nous sommes exposés chaque jour à des informations qui sont intentionnellement manipulées et faussées par différents acteurs, en particulier par des désinformateurs de régimes autoritaires. Cela s’inscrit dans une "fabrique du chaos" dont L'Observatoire du Positif s’est fait l’écho récemment. D’autres cherchent plutôt à fabriquer du doute.
Cela représente un grand danger tant sur le plan collectif qu'individuel à partir du moment où ces différents acteurs entendent nous empêcher de voir la réalité telle qu’elle est ou bien nous inciter à n’en voir qu’une seule dimension en fonction de leurs intérêts propres.
David Colon nous donne néanmoins quelques clefs pour tenter de nous en prémunir au maximum.

Voilà les dix points qu’il fallait retenir de cette très intéressante intervention.
(1) Des outils informationnels retournés contre nous par des régimes autoritaires
A partir des années 1990, les régimes autoritaires, notamment les dirigeants de la Chine et de la Russie, ont pris conscience du danger que représentait pour eux la domination des Etats occidentaux, et plus précisément des Etats-Unis, sur l’information mondiale. Cela les a conduit, dans un premier temps, à vouloir protéger "leur espace informationnel de toute ingérence informationnelle étrangère" afin d’assurer leur survie, avant de chercher, dans un second temps, à retourner ces "armes" contre nous.
David Colon explique ainsi que Vladimir Poutine a très mal vécu ce qui avait été appelé alors les "révolutions de couleur" dans des ex-républiques soviétiques (Ukraine, Géorgie) ou les manifestations contre son régime en Russie même en décembre 2011.
Ces événements l’ont encouragé "à appliquer un principe qui est celui de réciprocité. Dès lors qu’il considérait que les Occidentaux menaient une guerre de l’information contre lui, il allait mener une guerre de l’information contre eux et cette guerre de l’information s’est traduite depuis lors par des opérations visant à saper les démocraties de l’intérieur, à les diviser, les fragiliser, pour arriver au point où l’on prive les citoyens des régimes démocratiques de la capacité de distinguer le vrai du faux".
L’objectif de ces régimes est par conséquent de "s’appuyer sur la force de l’adversaire pour la retourner contre lui, il s’agit d’utiliser les outils de l’adversaire, il s’agit de s’appuyer sur les fragilités intrinsèques du système informationnel, la perméabilité de ses médias, la possibilité de recourir à du lobbying, à des publicités en ligne, à l’influence des gens que l’on recrute pour porter la bonne parole et ça, c’est aujourd’hui quelque chose qui caractérise le Kremlin dans les opérations informationnelles".
(2) La quête d’une stratégie du chaos
L’objectif des opérations menées par les régimes autoritaires, et en particulier par la Russie, est de favoriser le chaos pour faire en sorte que les démocraties s’effondrent sur elles-mêmes.
David Colon mentionne à ce propos les opérations russes menées ces dernières années aux Etats-Unis : "Le Kremlin a fait ce qui était en son pouvoir pour aider Donald Trump en 2016 à accéder à la Maison Blanche. Mais aussitôt que Donald Trump a été élu, les opérateurs du Kremlin ont organisé des manifestations contre Trump. Ils ont accentué leurs dépenses publicitaires sur les réseaux sociaux pour fracturer davantage la société américaine. Et le même phénomène s’est reproduit après l’élection de Trump en 2024. On a vu des acteurs du Kremlin organiser des manifestations pour et contre Trump aux Etats-Unis, accentuer les divisions, notamment à propos de sujets clivants comme par exemple ce qui se passe en Iran ou ce qui se passe à Gaza de sorte que nous avons aujourd’hui un régime qui considère que sa survie dépend de sa capacité à faire s’effondrer sur elle-même les régimes démocratiques, les démocraties".
Il fait référence également à différentes affaires qui se sont produites récemment en France : "Le 12 octobre 2023, soit 5 jours après le 7 octobre, notre ministre de l’Intérieur fait état sur France inter de l’augmentation des actes à caractère antisémite précisant qu’il s’agissait souvent d’insultes et de tags. Le Kremlin a vu là une opportunité de détourner l’attention de la guerre en Ukraine, d’amplifier les divisions internes au sein de la société française à propos d’Israël, à propos de Gaza. Comment ? Par ce qui s’apparente à un pseudo-événement, c’est-à-dire à une mise en scène des tags sur les murs avec des étoiles de David bleues qui ont été interprétées par les médias immédiatement comme des actes à caractère antisémite parce que les authentiques actes à caractère antisémite étaient à la Une de tous les médias. Mais ce piratage de notre débat public a conduit certains de nos dirigeants d’alors à se précipiter pour caractériser l’acte et même pour l’attribuer à des acteurs politiques. Ce qui a permis en retour au Kremlin de diffuser un faux récit, un contre-récit, selon lequel ces actes auraient été accomplis en réalité par une pseudo-organisation intitulée les boucliers de David qui aurait agi en soutien à l’Etat d’Israël. De sorte que le résultat final, c’est qu’ils sont parvenus à semer le doute dans un nombre considérable d’esprits quant à l’origine de ces actes et parfois la réalité de ces actes. Et c’est là l’un des buts essentiels de ces opérations de manipulation de l’information. Il s’agit moins de persuader les gens que de les faire douter. Et s’agissant de régimes autoritaires, il s’agit de faire douter les citoyens des régimes démocratiques des éléments essentiels constitutifs de tout régime démocratique que sont la confiance dans le processus électoral, dans la légitimité du personnel élu, dans son intégrité, dans la confiance que l’on peut accorder aux médias, ou que l’on peut accorder aux scientifiques".
Il y a eu également d’autres faits de ce type en France, comme des têtes de cochon déposées devant des mosquées ou bien l’instrumentalisation de la polémique sur les punaises de lit.
(3) Une exploitation des différentes formes de défiance
Pour y parvenir, on vient de le voir, les régimes autoritaires vont chercher à exploiter deux "failles" des régimes démocratiques actuels, à savoir nos systèmes informationnels et la société de défiance.
David Colon explique que la défiance est ainsi "le levier principal sur lequel s’appuient tous les désinformateurs de masse qui opèrent en France. C’est le niveau extraordinairement élevé de défiance à l’égard de notre personnel politique, de nos journalistes et de nos médias, de nos scientifiques, et c’est cela qui alimente l’efficacité de campagnes de manipulation de l’information qui n’ont qu’à, en quelque sorte, surfer sur cette défiance, sur ces conceptions préexistantes pour les amplifier et pour pirater les perceptions du plus grand nombre. Les opérateurs du Kremlin n’ont pas créé cette défiance. Ils n’ont pas créé les clivages qui peuvent nous diviser sur un certain nombre de sujets. En revanche, ils ont, depuis Lénine, entrepris d’exploiter ces clivages, ces différences, cette polarisation pour fragiliser davantage la cohésion de la société démocratique".
(4) La fabrique du doute
Cette manipulation de l’information à laquelle nous sommes exposés chaque jour n’est pas uniquement le fait de régimes autoritaires. Elle peut être aussi le fait d’acteurs économiques. C’est ce qui est appelé la "fabrique du doute".
Celle-ci a été inventée en 1953 par l’agence de relations publiques Hill & Knowlton pour le compte de l’industrie du tabac.
Son objectif est "la fabrique du doute systématique pour permettre à l’industrie du tabac de continuer de produire et de vendre des cigarettes et retarder le moment où des mesures seraient prises, des mesures réglementaires pour protéger la santé des fumeurs. Cette stratégie du doute s’appuyait sur la création d’une pseudo science, la mise en avant d’une pseudo science, l’exploitation des propriétés des médias pour exposer des points de vue et poser de fausses équivalences entre le consensus scientifique et le point de vue de l’industrie, parvenir à fragiliser la perception du consensus pour réduire la volonté à la fois des citoyens et des décideurs politiques d’agir". Cela s’est notamment traduit par le financement d’études scientifiques qui visaient non pas à démontrer que la cigarette n’était pas à l’origine du cancer du poumon, mais à tenter de prouver que d’autres facteurs pouvaient très bien être la cause de ce type de cancer de sorte à créer un doute aux yeux du public.
Par la suite, d’autres industries ont repris à leur compte cette stratégie : "Cette stratégie a été reprise ensuite par les industries émettrices de gaz à effet de serre, en particulier depuis l’adoption du protocole de Kyoto [entré en vigueur en 2005]. Elle a été reprise plus tard par les industries des médias sociaux qui, aujourd’hui, appliquent exactement les mêmes stratégies et les mêmes tactiques qu’avant eux l’industrie du tabac".
(5) Le danger de la tyrannie des émotions
Pour David Colon, nous sommes dans une tyrannie des émotions et c’est particulièrement dangereux pour la démocratie : "Nous sommes dans une tyrannie des émotions et nous devons le plus rapidement possible en sortir. Il faut baisser la température de notre débat public. Il faut revenir à la discussion. Il faut revenir au débat. Il faut revenir à cette idée simple que l’on peut ne pas être d’accord et chercher tout de même ensemble un compromis au service de l’intérêt général".
Il s’appuie à ce propos sur les résultats d’une étude menée par l’économiste Yann Algan dans laquelle celui-ci constate que "le ton de nos politiques, de nos élus, de nos députés a changé. Ce ton est beaucoup plus émotionnel, il est beaucoup plus agressif. Le destinataire de leurs interventions n’est plus leurs collègues à l’Assemblée nationale pour s’entendre sur un compromis, sur un texte, mais il est les médias ou il est les médias sociaux de sorte que leurs interventions à l’Assemblée nationale sont en quelque sorte formatées pour devenir virales".
(6) Ne pas confondre esprit critique et hyperscepticisme
David Colon rappelle qu’il y a deux types d’esprit critique, un bon et un mauvais pourrait-on dire.
Pour lui, il y a tout d’abord "l’esprit critique constructif qui consiste à appliquer les règles de la critique interne et de la critique externe aux sources que l’on utilise pour accéder au savoir et pour accéder aux faits".
Mais il y en a un autre, qui apparaît pernicieux à la fois pour la société et pour l’individu. C’est "un niveau ou un degré de scepticisme excessif qui nous fait douter de tout". Or, il considère que "l’hyperscepticisme est un scepticisme destructeur qui prive l’individu de toute possibilité pratique d’accéder à un savoir. Pour accéder au savoir, il faut à un moment donné accorder un minimum de confiance à ceux qui ont pour mission, pour vocation de produire ce savoir, de rechercher la vérité, d’établir les faits. Et ceux que l’on appelait jadis les portiers de l’information, les Gatekeepers, ces éditeurs, ces journalistes, ces scientifiques ont bien évidemment été contournés par la possibilité offerte d’accéder directement à des sources d’information sur les médias sociaux. Mais ce contournement, dès lors qu’il se double d’une défiance à l’égard de la production scientifique, de la production académique et de la production médiatique fragilise les bases mêmes de notre société parce que si nous sommes incapables de nous entendre sur les faits, il nous est impossible de continuer d’espérer maintenir un régime démocratique viable".
(7) La nécessaire mobilisation de la société civile
David Colon estime que l’une des clefs pour lutter collectivement contre la manipulation de l’information est de s’appuyer sur la force de la société civile : "Nous devons mobiliser la société civile" car "notre faiblesse est de ne pas suffisamment compter sur nous-mêmes, les citoyens, pour nous engager au service de nos valeurs, au service de la protection de nos droits et de ceux de nos enfants. La mobilisation au service de l’intégration de notre espace informationnel et de notre capacité à nous entendre sur les enjeux fondamentaux. Vous voyez des Etats comme l’Ukraine, c’est la société civile qui a pris les choses en main après 2014. Vous prenez Taiwan, c’est la société qui a pris les choses en main. Vous prenez la Moldavie. Sans la société civile, la Moldavie n’aurait pas pu résister à deux reprises à des opérations d’influence du Kremlin d’une intensité absolument exceptionnelle. Ils ont dépensé plus de 500 millions d’euros dans des ingérences informationnelles dans un pays qui est tout petit. Donc aujourd’hui, mon espoir pour que nous puissions franchir le cap des ingérences qui sont devant nous, non seulement russes, américaines, mais également d’autres pays. Mon espoir, c’est que la mobilisation vienne de la société civile et que chacun, à notre échelle, nous déterminions ce que nous pouvons faire pour améliorer les choses".
(8) La nécessité de sauver les médias
Les journalistes et les médias ont bien évidemment un rôle crucial à jouer alors même que les désinformateurs cherchent à exploiter "la fragilité économique des médias qui se sont vus privés et se voient privés chaque jour d’une part croissante de leurs revenus publicitaires numériques par les acteurs majeurs que sont Google, Facebook et Amazon".
David Colon propose notamment de privilégier "des médias d’intérêt public". Pour lui, "Un média d’intérêt public, pas un média de service public, c’est un média qui sert l’intérêt de ses lecteurs. Et la garantie qu’il offre de servir les intérêts de ses lecteurs est celle qu’offre l’application des chartes éthiques et déontologiques du journalisme", telles que la Charte déontologique de Munich.
En 2018 a été également adoptée la Journalism Trust Initiative qui est "une norme ISO qui sanctionne le respect de 130 critères éthiques et déontologiques fixés par la profession". C’est par conséquent un label qui "garantit, non pas que tout ce que dira le média est parfaitement authentique, conforme à la réalité, mais garantit un processus de production de l’information conformes à des règles établies par la profession".
Cela implique tout autant pour la presse et les médias de développer des alternatives au "modèle publicitaire", comme l’abonnement par exemple, et donc la responsabilité citoyenne : "Notre responsabilité à nous en tant que citoyen et consommateur d’information, c’est de renoncer à l’idée que l’information serait gratuite. L’information gratuite, c’est celle dont nous sommes le produit. C’est celle qui découle d’une économie de l’attention. L’information de qualité nécessite des journalistes, des moyens, du temps. C’est la raison pour laquelle nous devons collectivement aider les médias à survivre parce que nous sommes avec l’avènement de l’IA générative dans une crise systémique du modèle économique qui permettait la survie des médias de sorte qu'il nous faut aujourd’hui sauver les médias".
(9) La lutte en faveur de la liberté du marché de l’information et de notre souveraineté numérique
David Colon considère que le marché de l’information n’est pas libre aujourd’hui pour plusieurs raisons.
Il ne l’est pas "parce qu’il est concentré entre les mains d’un tout petit nombre d’acteurs. Le marché de l’information est faussé. Il est faussé par les choix algorithmiques des plateformes. Par exemple, le choix d’amplifier les contenus haineux, la colère parce que ça maximise l’engagement et ça maximise les revenus publicitaires. Il est faussé par les systèmes publicitaires des plateformes qui donnent à un tout petit nombre d’individus la possibilité de peser sur les perceptions du consensus. Par exemple en 2021 sur Facebook 69% du contenu vaccinosceptique émanait de 12 comptes. [...] Récemment a été publié un article qui montre que 8 bots sont à l’origine de 50,3% des notes de la communauté sur X-Twitter".
Il estime donc que "Nous avons besoin de rétablir un marché libre et non faussé des idées. Ça passe par ce que les plateformes redoutent le plus. […] Ce qu’elles redoutent, c’est une concurrence d’intérêt public, d’intérêt général, ne reposant pas sur le même modèle économique et elles font tout leur possible pour empêcher l’avènement de ces alternatives. Nous devons par conséquent faire tout notre possible pour favoriser au plus vite l’avènement de ces alternatives. D’une alternative à l’échelle européenne".
Il défend en particulier l’idée d’"une alternative aux médias sociaux existants […] qui consiste à doter le continent européen de médias sociaux intègres conçus suivant nos valeurs conformément aux règlements européens en vigueur qui protège nos droits et nos libertés. Et c’est ce qui nous permettrait à ce moment-là de quitter les médias sociaux existants. Parce que pour l’instant, nous n’avons pas cette alternative vertueuse. Les conditions pour l’avoir, c’est que ce média social soit géré par une fondation d’intérêt général, qu’il repose sur un modèle qui ne soit pas un modèle publicitaire captateur de nos données à des fins d’exploitation publicitaire et de ciblage. Qu’il soit parfaitement transparent quant à ces algorithmes de recommandation. Qu’ils ne permettent pas le recours à des bots, le trolling, etc. et tant que nous n’aurons pas cela, je crois que nous ne serons pas en capacité d’être pleinement souverain. […] Nous devons aujourd’hui promouvoir une souveraineté numérique. Nous devons promouvoir des alternatives non seulement à X-Twitter mais aux plateformes utilisées par nos enfants et sur lesquelles ils sont malheureusement exposés à des prédadeurs, exposés à des contenus qui sont des contenus contraires à la loi".
(10) Lutter contre la désinformation
Quels outils privilégier pour lutter contre la désinformation ?
David Colon se montre plutôt sceptique à l’égard de deux solutions qui sont pourtant couramment proposées, à savoir des modules spécifiques d’éducation aux médias pour les enfants et le développement du fact-checking, à savoir le travail de vérification de données ou de faits effectués par des journalistes ou des experts.
Sans remettre en cause ces modèles d’éducation aux médias pour les enfants, David Colon estime qu’il est plus important de renforcer les disciplines fondamentales que sont les mathématiques et le français, d’autant que les désinformateurs avancent souvent des affirmations qui peuvent être facilement invalidées avec une bonne connaissance de la règle de trois par exemple. En outre, ce ne sont pas uniquement les enfants qui sont vulnérables aux fausses informations puisque, d’après l’historien, ce sont les personnes de plus de 65 ans qui les partagent le plus.
Quant au fact-checking, s’il est utile "lorsqu’il y a un danger immédiat pour la santé ou la vie des personnes", cela paraît être moins le cas à ses yeux lorsque ce n’est pas le cas, d’autant que celui-ci est aussi recherché et instrumentalisé… par les désinformateurs eux-mêmes.
Comment expliquer le fait que ces derniers recherchent le fact-checking ? David Colon avance l’explication suivante : "la proportion de la population susceptible de croire dans une fausse information est relativement stable. Elle est fonction du niveau d’étude, de l’engagement politique, du degré de confiance à l’égard des institutions, à l’égard des médias […]. Elle est fonction de facteurs psychologiques. Mais elle est stable. De sorte que ce qui importe lorsque vous êtes le propagateur de la fausse information, c’est le nombre de gens susceptibles d’être exposés à votre fausse information même sous la forme d’un démenti. Raison pour laquelle les Russes cherchent le fact-checking, sont ravis de solliciter les fact-checkers au quotidien. Et une raison fondamentale est ce que les psychologues sociaux appellent l’effet de vérité illusoire c’est-à-dire qu’une information fausse, même absurde, quand elle est répétée, devient plus fluide dans notre esprit et inconsciemment, sans que nous le sachions, notre cerveau la traite plus facilement, plus aisément, de sorte qu’on peut en venir par effet de répétition à croire en une chose fausse. Ce que tous les propagandistes depuis des décennies, plusieurs siècles même, ont empiriquement constaté, le fait de répéter une chose fausse augmente le nombre de gens qui croient mécaniquement".
Plus une information est traitée par les médias et démentie par des fact-checkers, plus le nombre de personnes exposées à celle-ci sera élevé et donc plus le nombre d’individus susceptibles de la croire sera lui aussi élevé.
C’est la raison pour laquelle David Colon propose d’associer au fact-checking le pre-bunking qui "consiste à anticiper des attaques informationnelles en informant les gens qu’ils sont susceptibles d’être exposés à une fausse information ou à une technique de désinformation. Et en les avertissant à l’avance, on renforce leur résilience lorsque cette désinformation se produit", on renforce "le système immunitaire cognitif des individus et [on] diminue leur susceptibilité à l’égard de la désinformation".