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Agriculture et société : Changeons de regard !


Les relations agriculture-société sont loin d’être simples depuis quelques années. Les Français s’intéressent principalement à l’agriculture par le biais de leur alimentation. Or, ils tendent à se poser des questions sur ce qu’ils ont dans leur assiette. Les enquêtes d’opinion indiquent ainsi qu’une partie d’entre eux expriment une méfiance vis-à-vis de l’utilisation des pesticides de synthèse, de l’élevage intensif, des circuits longs, des produits alimentaires transformés ou ultratransformés par l’industrie agroalimentaire, ou encore du recours aux biotechnologies (Organismes génétiquement modifiés-OGM). Ils se montrent soucieux de leur santé, du bien-être animal, de l’impact de l’agriculture sur l’environnement, l’eau, les sols, le climat ou les insectes. Cela peut d’ailleurs quelquefois se traduire par des tensions sur le terrain entre des agriculteurs et des riverains, notamment des néo-ruraux.


Des organisations non gouvernementales (ONG), des associations de consommateurs et des médias généralistes semblent s’intéresser de plus en plus aux enjeux agricoles et alimentaires en ayant un regard très souvent critique sur un mode de production qu’ils décrivent comme intensif et productiviste. Ils vont l’exprimer par des émissions et des reportages ou par des campagnes et des rapports à charge contre cette forme d’agriculture. Les questions agricoles et alimentaires se politisent également en France depuis une dizaine d’années. Une partie notable des candidats et des candidates à l’élection présidentielle de 2022, principalement de gauche, pourfendaient ainsi un mode de production dit "conventionnel" en cherchant à promouvoir une agriculture alternative (qu’elle soit biologique, agroécologique ou "paysanne") dans laquelle l’usage des pesticides serait fortement réduit, voire totalement interdit, tout comme l’élevage intensif.


Parallèlement, une partie notable des agriculteurs estime que non seulement les efforts accomplis ces dernières années pour favoriser une agriculture plus "vertueuse" ne sont pas reconnus en tant que tels, mais que ce n’est jamais suffisant au vu des critiques de citadins, d’associations, de journalistes ou de politiques qu’ils jugent incessantes. Pour eux, il existe une sorte de procès permanent intenté contre l’agriculture conventionnelle dans l’espace public. Ce sentiment de faire l’objet de critiques assez systématiques dans cet espace et même quelquefois dans l’espace privé, par exemple, sous la forme d’intrusions de militants dans certaines exploitations, a été qualifié d’agribashing par ces agriculteurs.


Ce terme, initialement employé dans les cénacles agricoles, l’est désormais bien au-delà, même s’il est plutôt controversé. Certains estiment, en effet, que cela correspond à une réalité, tandis que d’autres sont persuadés qu’il n’en est rien et que c’est le fruit d’une stratégie d’influence mise en place par l’agro-industrie, et en particulier par le syndicat agricole majoritaire, la FNSEA, en vue de museler toute forme de critique d’une agriculture jugée intensive et productiviste. En réalité, cette querelle autour de l’agribashing n’apparaît que comme une nouvelle déclinaison du "Grand débat" qui a émergé au tournant des années 1990-2000 sur le "meilleur" modèle agricole, celui-ci opposant les tenants d’une agriculture conventionnelle, le "modèle" dominant, à ceux de modes de production alternatifs : FNSEA vs. Confédération paysanne, organisations professionnelles agricoles vs. ONG, etc.


Une large partie de la profession agricole tend ainsi à reprocher aux citadins et aux acteurs de la société civile, au sens large du terme, leur ignorance et leur déni des réalités et des contraintes à la fois techniques, économiques et réglementaires de leurs activités au nom d’une vision qu’elle perçoit comme militante, idéologique et même dogmatique. Les organisations de la société civile reprochent, de leur côté, aux secteurs agricole et agroalimentaire leur déni, voire leur mépris d’autres réalités, en l’occurrence, celles de l’environnement, du climat, de la santé ou du bien-être animal au nom de la défense de leurs intérêts bien compris.


Tout ceci donne souvent l’impression d’aboutir à une sorte de dialogue de sourd et à un "débat impossible". Or, les rapports du GIEC, les conséquences de plus en plus tangibles du dérèglement climatique sur l’agriculture (phénomènes climatiques extrêmes, sécheresses, inondations, incendies, etc.) ou la guerre en Ukraine nous rappellent que ce qui semblait aller de soi apparaît éminemment fragile, à savoir une nourriture abondante, diversifiée et peu onéreuse dans les pays riches, une réduction tendancielle du nombre de personnes sous-alimentées dans le monde et de leur proportion en pourcentage de la population totale, la fin des famines, un "monde plat" où les frontières comptent de moins en moins, etc. Cette idée de "fin de l’histoire" alimentaire où les hommes n’auraient plus à sans cesse lutter au quotidien pour survivre et se nourrir qui semblait s’imposer depuis la fin de la guerre froide laisse semble-t-il la place à de nouvelles "grandes peurs", celles de nouvelles pandémies, d’empoisonnements, de pénuries, d’effondrements ou de perte de toute forme d’humanité.


Dans un tel contexte, le rapprochement entre la société française et ses agriculteurs apparaît comme une nécessité vitale. On peut, en effet, difficilement imaginer l’un sans l’autre ou l’un contre l’autre.


Il est donc plus que temps de faire évoluer les perceptions réciproques entre la société au sens large (société civile comprise) et les acteurs agricoles et agroalimentaires, et de changer de regard sur les rapports agriculture-société.


Pour cela, il convient en premier lieu d’identifier un certain nombre de biais qui contribuent à déformer notre perception collective de la réalité, et en l’occurrence la perception que la société a de l’agriculture et celle que les agriculteurs ont de la société. On peut en identifier dix :

- (1) le biais négatif

- (2) le biais optimiste

- (3) le biais de l’ultracrépidarianisme

- (4) le biais idéologique

- (5) le biais d’amalgame

- (6) le biais d’intentionnalité

- (7) le biais du bouc émissaire

- (8) le biais de la victimisation

- (9) le biais alternatif

- (10) le biais du « business as usual »


Ensuite, il semble tout aussi nécessaire de définir une sorte de code de « bonne conduite », de gentlemen’s agreement, dans les relations agriculture-société autour de dix grands principes :

- (1) le recul nécessaire

- (2) le réalisme

- (3) la complexité

- (4) le positif

- (5) la gratitude

- (6) le respect de soi

- (7) l’empathie

- (8) le dialogue et le débat

- (9) la véracité

- (10) le commun


Ce texte est l’introduction générale de la première Note de l’Observatoire du Positif : "Agriculture et société : Changeons de regard". Il est possible d’obtenir cette Note gratuitement en adressant un e-mail à l’adresse suivante : obsdupositif@gmail.com.



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