Comment être optimiste en 2026 ?
- eddyfougier

- 3 mai
- 8 min de lecture

Assurément, en 2026, comme les années précédentes d'ailleurs, il n’est pas facile de se montrer optimiste sur l’état du monde ou de son pays.
Les catastrophes climatiques s’enchaînent, la guerre fait rage un peu partout sur la planète, la dérive autoritaire se poursuit aux Etats-Unis et ailleurs, la révolution de l'Intelligence artificielle semble tout renverser sur son passage…
Un vent de pessimisme souffle sur le monde
Dans un tel contexte, sans trop de surprises, les résultats d’enquêtes récentes tendent à montrer que le pessimisme collectif est au plus haut.
C’est le cas aux Etats-Unis où, d’après une enquête Gallup, jamais depuis le début de cette enquête menée depuis 2009, l’optimisme des Américains n’avait été aussi faible.
L’optimisme est mesuré en l’occurrence par l’évaluation par les personnes sondées de leur vie dans 5 ans (Future life ratings). 59,2% des Américains interrogés étaient ainsi optimistes en 2025, ce qui représente une baisse de 9 points de pourcentage depuis 2020.

De même, pour son indice d'évaluation de la vie, Gallup classe les répondants en trois catégories sur la base de l’évaluation de leur vie actuelle et future : "épanouis", "en difficulté" ou "souffrants". Or, là aussi, au quatrième trimestre 2025, on peut voir que la
proportion des "épanouis" apparaît très faible. C’est même le sixième trimestre où cette proportion a été la plus basse depuis 2008.
Les périodes où la part de personnes épanouies était encore plus faible correspondent à la grande récession (octobre-décembre 2008) ou au début de la pandémie de Covid-19 (avril 2020). Cela signifie que le pessimisme des Américains aujourd’hui est à peu équivalent à celui qu’ils pouvaient ressentir dans des périodes particulièrement difficiles : récession économique, pandémie.

Mais cette flambée de pessimisme ne concerne pas uniquement les Etats-Unis. C’est visible dans les résultats de l’édition 2026 de l’Edelman Trust Barometer, enquête réalisée auprès de 33 938 personnes interrogées dans 28 pays.
On peut y observer un effondrement de l’optimisme à l’échelle planétaire.
Ainsi, seuls 32% des répondants pensent que la prochaine génération sera en meilleure situation. Parmi les ressortissants des 28 pays, ce sont les Français interrogés qui sont les plus pessimistes avec un taux de seulement 6%. En moyenne, seuls 15% des habitants des pays développés pensent que la prochaine génération vivra mieux.
Mais, à la différence de ce que l’on pouvait observer ces dernières années, le pessimisme tend à croître également dans les pays émergents, y compris dans les puissances économiques de la région Asie-Pacifique (Singapour, Thaïlande, Inde et Chine) où l’optimisme a baissé de façon notable entre 2025 et 2026.

La montée inquiétante d’une insularité
Tout ceci apparaît très préoccupant car cela se traduit pour les Etats, comme pour les individus, par un grand repli sur soi et par une méfiance corrélative de ce qui est jugé "différent". C’est ce que l’Edelman Trust Barometer qualifie d’"insularité".
Dans cette enquête, en moyenne, 7 personnes interrogées sur 10 dans les 28 pays de l’échantillon déclarent hésiter à faire confiance à une personne ayant des valeurs, des approches des problèmes sociaux, des origines ou des sources d’information différentes des leurs. Cette insularité concerne autant les pays développés que les pays émergents, ainsi que tous les niveaux de revenus, les genres et les classes d’âge.
Comme l’écrit Richard Edelman, le PDG d’Edelman, dans Time Magazine, "Nous choisissons un écosystème de confiance fermé qui impose une vision du monde limitée, un rétrécissement des opinions, une stagnation intellectuelle et une rigidité culturelle".
On observe ainsi que, pour la plupart des gens, la méfiance est un réflexe naturel, alors que seul un tiers des personnes interrogées estiment que l’on peut faire confiance à la plupart des gens. Cette insularité est alimentée par l’anxiété économique, la baisse de l’optimisme, l’érosion de la confiance envers les institutions et la crise de l’information. Cela se traduit par une résistance au changement, un nationalisme omniprésent, une perte de la capacité d’action des sociétés et la montée du pessimisme.

Les résultats de l’édition 2026 du Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF montrent qu’une telle forme d’insularité existe également en France.
Cela se manifeste par différentes formes de méfiances :
Une méfiance vis-à-vis des autres en général : 71% des Français interrogés estiment qu’on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres, ce qui est beaucoup plus élevé qu’en Allemagne, en Italie ou au Royaume-Uni
Une méfiance vis-à-vis de la politique : 78% ne font pas confiance dans la politique, - là aussi, c’est plus prononcé qu’ailleurs -, et quand ils pensent à la politique, ce qu’ils éprouvent en premier, c’est justement de la méfiance et du dégoût, cette méfiance est palpable vis-à-vis du président de la République, du gouvernement, du Parlement (Assemblée nationale et Sénat), du Parlement européen ou des partis politiques
Une méfiance vis-à-vis des médias et des réseaux sociaux
Une méfiance vis-à-vis des immigrés : 61% pensent qu’il y a trop d’immigrés en France et 63% estiment que la France devrait se fermer davantage sur le plan migratoire
Tenir compte de la complexité du monde…
Max Roser, chercheur à l’université d’Oxford, explique sur le site Our world in data qu’il a fondé, que le monde est complexe. Pour lui, en effet, "Le monde est horrible. Le monde va bien mieux. Le monde peut aller bien mieux".
On a tendance, compte tenu du traitement de l’actualité par les médias, à ne voir que la première partie – "le monde est horrible".
Mais il y a aussi les deux autres affirmations – "Le monde va bien mieux. Le monde peut aller bien mieux".
Fix the News est un média qui nous invite ainsi à faire un pas de côté en nous incitant à voir aussi que, par beaucoup d’aspects, "le monde va bien mieux".
En février 2026, il a listé ainsi pas moins de 99 évolutions rassurantes sur l’état du monde, tant en matière de santé que d’alimentation, d’eau et d’énergie, de protection de la biodiversité et de l’environnement, de transition énergétique, de lutte contre le dérèglement climatique ou de progrès scientifique et médical.
L’équipe de Fix the News en conclut que ces "histoires inspirantes […] témoignent de la capacité de l'humanité à se soucier des autres et à collaborer, à analyser et à résoudre les problèmes, à imaginer et à progresser. Comme toujours, la liste est loin d'être exhaustive. Malgré le chaos et les ravages qui les accompagnent, ces histoires inspirantes sont omniprésentes et constantes – preuve qu'il existe encore de nombreuses personnes prêtes à se mettre au service des autres, animées par un sens de la justice, de l'émerveillement ou un espoir en l'avenir, et qui persévèrent jusqu'à laisser une empreinte positive sur le monde".
… et passer à l’action
Angus Hervey, le fondateur de Fix the News, nous interpellait à ce propos dans une conférence TED en avril 2025 en nous invitant à faire un choix :
"Un grand dénouement est en cours. Et vous connaissez cette histoire parce qu'elle est partout. La fin de l'ordre international fondé sur des règles. Le pouvoir l'emporte sur les principes. Les budgets d'aide ont été effacés. La science est attaquée. Poutine, Zelensky, Trump. Gaza, hôpitaux, otages. Soudan, famine, RDC, rebelles, Yémen, Venezuela, Turquie, Hongrie, Taïwan. Les États-Unis d'Amérique. Le vandalisme économique. Le mépris de l'État de droit, la cruauté ordinaire, la rougeole. Toutes les valeurs que nous considérions comme universelles (vérité, décence, bon sens) se sont heurtées non seulement à un renversement mais aussi à de violentes réactions. Sous la surface, des courants sous-jacents plus profonds et plus menaçants. Les plateformes numériques qui étaient censées nous connecter font aujourd’hui le contraire. Les algorithmes engendrent la paranoïa, la division manufacturière, noyant la vérité dans des mensonges délibérés. Carl Sagan nous a mis en garde : une époque où les gens sont incapables de faire la distinction entre ce qui fait du bien et ce qui est vrai retombe presque imperceptiblement dans la superstition et les ténèbres. Et comme nous le disons en ligne, les crises planétaires, les tempêtes de feu dans nos villes, le plastique dans notre sang, les pollinisateurs, le pergélisol, les récifs coralliens et l’Arctique sans glace de notre vivant […] C'est l'histoire de l'effondrement. Il figure en première page de tous les sites d’actualités. Il figure en tête de tous nos fils d’actualités. Nous connaissons parfaitement ses détails graphiques. Vous pouvez le désactiver, le désactiver, mais vous ne pouvez pas l'ignorer".
Mais il y a aussi un certain nombre d’évolutions positives qu’il décrit longuement dans cette conférence.
Or, pour lui, il n’y a aucun déterminisme historique, dans un sens comme dans un autre : "laquelle de ces histoires est vraie ? S’agit-il de la chute tant attendue ? Ou sommes-nous en marche vers la Terre promise ? Effondrement ou rénovation ? La réponse, bien sûr, est que c'est les deux. Et la vérité, c'est qu'il en a toujours été ainsi".
En définitive, pour lui, il ne s’agit pas d’être optimiste ou bien pessimiste, mais bien d’agir et de s’engager : "En fin de compte, aucun d’entre nous ne sait si on vit dans une phase descendante ou ascendante de l’histoire. Mais je sais que nous avons tous le choix. C'est à nous tous de décider à laquelle de ces histoires nous participons. Le travail que nous accomplissons, les décisions que nous prenons au quotidien concernant l’affectation de notre argent, notre énergie et notre temps, les histoires qu’on se raconte les uns aux autres et les mots qui sortent de notre bouche contribuent à leur richesse. Il ne suffit plus de croire en quelque chose. Il est temps de faire quelque chose. Demandez-vous, si nos pires craintes se concrétisent et que les monstres franchissent les murs, à côté de qui aimeriez-vous être ? Les prophètes de malheur et les cyniques qui disaient ‘on vous l’avait dit ?’ Ou les gens qui, les yeux grands ouverts, ont creusé les tranchées pour aller chercher de l'eau. Ces deux histoires sont vraies. La seule question qui compte maintenant est de savoir à laquelle vous appartenez".
Axel Hacke, chroniqueur du “Süddeutsche Zeitung Magazin”, expliquait ainsi récemment dans ce magazine allemand qu’il est nécessaire d’avoir un état d’esprit optimiste, même si cela peut paraître étrange "au début d’une année où les mauvaises nouvelles semblent nous coller à la peau comme du sirop sur les mains des enfants".
Il se réfère, en effet, à trois auteurs. Le premier est l’historien Timothy Garton Ash qui prône un "optimisme de la volonté" face au "pessimisme de l’intellect" en vue de "défendre la liberté européenne contre le nihilisme du président américain, la soif de sang de son homologue russe et l’énergie criminelle des deux".
Le second est le tchèque Vaclav Havel, ancien dissident du régime communiste devenu par la suite président de la République, qui déclarait que l’espoir, c’est “notre capacité d’agir parce que c’est bien et pas seulement parce que ça va assurément marcher”.
C’est ce qu’affirmait également le Brésilien Paulo Freire : “Sans un minimum d’espoir, on ne commence même pas à se battre. Mais si on ne se bat pas, l’espoir se dissout, perd le cap et se transforme en désespoir.”
Au final, comme l’écrit Axel Hacke, "les propos de Freire sont un appel à agir et à renoncer aux lamentations dans lesquelles nous sommes si nombreux à nous vautrer. Je veux dire par là : on ne devient pas optimiste comme ça. Ça se travaille. L’espoir pour l’avenir ne se commande pas, n’est pas livré par la vie ni par l’État. Il ne faut pas regarder les autres agir sur les écrans du monde. Il faut le faire soi-même. Agir, j’entends".
Il ne s’agit donc pas de savoir s’il faut être optimiste ou pessimiste, mais de cultiver un espoir que les choses puissent s’améliorer et surtout d’agir ici et maintenant à son niveau en s’engageant au nom de valeurs pour que cela puisse se concrétiser.



Commentaires