Le monde n’est pas toujours comme on le croit : le danger des perceptions erronées
- eddyfougier

- 25 avr.
- 4 min de lecture

Les perceptions erronées (misperceptions) sont l’une des grandes obsessions de 'LObservatoire du Positif. Cela correspond au le décalage qui existe très souvent entre la réalité et la perception que l’on en a.
Ipsos mène ainsi une enquête régulière dans de nombreux pays qui s’intitule "Les Périls de la perception" pour tenter de mesurer l’écart entre perceptions et réalité. Un ancien dirigeant d’Ipsos Bobby Duffy a écrit un livre sur ce sujet pour essayer de comprendre "Pourquoi nous nous trompons sur presque tout", comme l’indique son sous-titre. Il y explique qu’"A travers toutes les études et dans chaque pays, les gens se trompent beaucoup sur quasiment tous les sujets que nous avons couvert" et que "nos perceptions erronées sont larges, profondes et durables".

C’est également ce qu’ont essayé de faire le célèbre conférencier suédois Hans Rosling lors de ses très nombreuses conférences et Gapminder, la fondation qu’il a créée et qui se présente justement comme "une organisation éducative indépendante à but non lucratif qui lutte contre les idées fausses (misconceptions) à l'échelle mondiale". Hans Rosling, dans son livre Factfulness (Flammarion, 2019), en conclut que "Ce n’est pas une question d’intelligence. C’est simplement que les gens ont une vision du monde catastrophiquement fausse. Pas seulement catastrophiquement fausse, en fait, mais systématiquement fausse".

Les perceptions erronées de la criminalité aux Etats-Unis
L’un des sujets pour lesquelles les perceptions sont très souvent erronées est celui de la sécurité. C’est ce que nous montrent dans un texte mis en ligne sur le site Our World in Data en janvier 2026 par Hannah Ritchie et Fiona Spooner à propos de la criminalité aux Etats-Unis.
Les autrices ont étudié les principales données sur la criminalité aux Etats-Unis depuis 1979. Elles ont constaté que les homicides (meurtres et homicides involontaires par négligence), les viols, les vols qualifiés et les agressions graves avaient baissé sur la période (en nombre pour 100 000 personnes). Les crimes violents par exemple ont fortement baissé après avoir atteint un pic au début des années 1990.
Elles observent une même tendance pour les violences faites aux biens (cambriolages, vols à la tire, sans effraction, vols, incendies criminels) avec là aussi un pic au début des années 1990.

Elles en concluent que "La tendance générale des crimes violents et des atteintes aux biens est à la baisse depuis 30 ans. Dans les années 1990, les Américains avaient au moins deux fois plus de risques d'être victimes d'un crime qu'aujourd'hui. Ce constat est également valable à l'échelle mondiale. Bien que nous ne disposions pas de données homogènes sur les vols et les agressions, nous constatons que les taux d'homicides ont diminué dans le monde ces dernières décennies".

Et pourtant, ce n’est pas nécessairement ce que les populations perçoivent.
Ainsi, par exemple, dans la plupart des enquêtes annuelles menées par Gallup depuis 1993, une majorité des personnes interrogées pense que les taux de criminalité ont augmenté par rapport à l’année précédente.
Cela signifie par conséquent que "Le plus souvent, la perception populaire était donc en contradiction avec les données". Elles expliquent ce décalage notamment en raison de la médiatisation constante des faits de violence
Les perceptions faussées du monde
Au mois de janvier, un autre article, écrit par Oliver Hanney, s’est intéressé aux "Idées fausses (misperceptions) courantes : ce que les gens comprennent mal du monde et pourquoi c’est important".
L'auteur rappelle que "Des recherches récentes ont documenté la prévalence de ces idées fausses et démontré les bénéfices qu’il y avait de les corriger par des informations exactes".
Il cite quelques résultats intéressants de ces recherches :
Ainsi, une étude à partir de données en provenance de 60 pays sur 6 continents a montré que, dans presque tous les pays, le soutien aux droits fondamentaux est sous-estimé, notamment chez les hommes
Les idées fausses des parents peuvent aussi avoir des conséquences importantes sur leurs enfants. Dans une étude menée en Inde, alors que près de 40% des enfants souffrent de retard de croissance, 84% des mères qualifient la taille de leur enfant de "normale" ou de "grande". Cela signifie que les mères surestiment considérablement la position de leurs enfants dans la courbe de croissance, considérant implicitement les enfants de leur région comme représentatifs des enfants du monde entier.
Des chercheurs ont étudié l'impact de la diffusion d'informations exactes aux électeurs en Turquie alors que les régimes autoritaires entretiennent souvent délibérément des idées fausses sur la qualité des institutions démocratiques et la valeur de la démocratie. Leurs travaux montrent qu'une partie du soutien à l'autoritarisme repose sur des croyances erronées, en l'occurrence une sous-estimation de l'atteinte à l'indépendance des médias perpétrée par ce régime, et que des informations exactes peuvent éroder ce soutien.
Des recherches menées en Inde auprès de travailleurs du secteur informel à faibles revenus à Delhi constatent que la plupart d'entre eux sous-estiment la volonté de leurs pairs d'aborder les questions de santé mentale et les difficultés financières. Or, informer ce groupe sur la réelle disposition des individus à s'exprimer sur ces sujets a eu de nombreux effets positifs, notamment un dialogue accru et une réduction de la volatilité de leurs dépenses.
L’auteur parle également de la persistance des idées fausses sur l'Afrique qu'il a pu lui-même constater.
Tout ceci paraît d’autant plus important que ces perceptions erronées de la réalité "façonnent nos actions, renforçant potentiellement des normes sociales néfastes et faussant les comportements".



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