top of page
  • Photo du rédacteureddyfougier

Les chroniques du positif : 15 courants positifs pour voir le monde différemment


Un article récemment publié dans Le Figaro décrit une jeunesse française dans l’"attente du chaos" ou d’un effondrement, et qui a le sentiment d’un "monde qui va finir" et "la sensation de délitement sans fin". Cela se traduit notamment par un accroissement de la dépression chez les jeunes. Par ailleurs, les résultats d’une étude divulguée en mai 2023 intitulée "L’éco-anxiété en France. Etude OBSECA 2023" – l’OBSECA est le premier observatoire de l’éco-anxiété en France – indiquent que pas moins de 2,5 millions de Français sont très fortement éco-anxieux (cela signifie qu’ils sont en état de devoir consulter un psychothérapeute). Or, ce phénomène ne concerne pas seulement les jeunes et les plus diplômés.


Le site eco-anxieux.fr rappelle à ce propos que "les mauvaises nouvelles relatives au climat ou à l’environnement sont à la genèse de l’éco-anxiété". Il conseille donc de contrebalancer l’"infobésité écologique" par "des nouvelles positives" en prenant "le temps de rechercher des informations positives, des réalisations qui donnent de l’espoir, des témoins qui ont réussi à passer à l’action et à montrer la voie de la transition, au niveau sociétal, mais aussi dans votre entourage proche".


Il est aussi possible d’identifier au moins quinze courants positifs, sans aucun souci d’exhaustivité, qui peuvent nous y aider. En voici une présentation sommaire agrémentée de vidéos.



1. La psychologie positive


La psychologie positive se définit comme l’"l’étude scientifique des forces qui permettent aux individus et aux communautés de s’épanouir" (Positive Psychology Center). Il s’agit d’une discipline scientifique qui a été créée aux Etats-Unis dans les années 1990 par le psychologue Martin E. P. Seligman, le créateur du Positive Psychology Center. Celui-ci est parti du constat selon lequel "La psychologie a été bien plus efficace sur les aspects négatifs que positifs de l’être humain. Elle nous a révélé ses vulnérabilités, ses faiblesses, ses pathologies, mais peu de son potentiel, de ses ressources" (Cité dans Marine Paucsik, Jean-Baptiste Baudier et Rebecca Shankland, S’initier à la psychologie positive. Pour prendre soin de soi, des autres et de l’environnement, Editions Eyrolles, 2021).



Martin Seligman, "La psychologie positive" (TED Talk, en anglais sous-titré en français)



Jacques Lecomte (président d’honneur de l’Association française et francophone de psychologie positive), 'La psychologie positive pour mieux penser le monde"




2. Le journalisme de solutions


Contrairement à ce que l’on pourrait croire spontanément, le journalisme de solutions n’est pas un journalisme de bonnes nouvelles. On parle en anglais d’Impact Journalism ou de Solutions-oriented Journalism. C’est un journalisme qui, dans son traitement de l’information, ne s’en tient pas seulement aux constats, et par conséquent la plupart du temps aux problèmes, mais aborde aussi les solutions, que celles-ci soient mises en œuvre ou non. Pour reprendre la définition de Reporters d’espoirs, c’est un journalisme qui "s’emploie à analyser et à diffuser la connaissance d’initiatives qui apportent des réponses concrètes, reproductibles, à des problèmes de société, économiques, sociaux, écologiques". C’est par conséquent un journalisme qui "analyse une situation problématique, tout en exposant des éléments de réponses concrets et concluants", en traitant "à la fois les succès et les limites des initiatives abordées".



CFI Medias, "Journalisme de solutions"



Solutions Journalism Network, "Solutions Journalism : Why it Matters" (en anglais)



3. Le journalisme constructif


Le journalisme constructif est, d’après le Constructive Institute qui cherche à la promouvoir, "une approche éditoriale qui va au-delà du reportage avec la culture du 'si ça saigne, c’est en Une' (if it bleeds it leads)". Ses "trois piliers – solutions, nuance et débat démocratique – sont le fondement de la pratique du journalisme constructif". Cela consiste à "exposer les problèmes, mais aussi à voir les solutions possibles" (pilier "solutions"), à "voir le monde" de façon nuancée (le pilier "nuances"), et à "engager et faciliter le débat" (pilier "débat démocratique"). C’est donc un journalisme qui rajoute le souci de la nuance et du débat démocratique au journalisme de solutions.



Ulrik Haagerup, fondateur et directeur du Constructive Institute, "Le journalisme constructif" (en anglais)



4. Les "nouveaux optimistes"


Les "nouveaux optimistes" est une expression utilisée dans un article du Guardian paru en juillet 2017 pour faire référence à différents auteurs, tels que Steven Pinker, Matt Ridley, Johan Norberg, Max Roser ou Hans Rosling. Ceux-ci ont pour point commun de s’insurger contre le pessimisme ambiant, la "vision dramatique du monde" (Hans Rosling) ou bien la "progressophobie" (Steven Pinker) en cherchant à mettre l’accent dans leurs écrits sur les progrès humains, et donc sur "le triomphe des Lumières" (Steven Pinker) ou le "triomphe de l’humanité" (Johan Norberg), et sur le fait que "non, ce n’était pas mieux avant", pour reprendre la traduction française du titre d’un ouvrage de Johan Norberg. Hans Rosling s’offusquait néanmoins lorsqu’il était décrit comme quelqu’un d’optimiste. Il préférait plutôt se définir comme un "possibiliste" (Factfulness), c’est-à-dire comme "quelqu’un qui n’espère pas sans raison, pas plus qu’il ne craint sans raison, quelqu’un qui résiste constamment à la dramatisation de la vision du monde. En tant que possibiliste, je vois tout le progrès qui a été accompli, et cela me donne la conviction et l’espoir que plus de progrès est possible. Ce n’est pas être optimiste. C’est avoir une idée claire et raisonnable de la réalité. C’est avoir une vision du monde constructive et utile".



Hans Rosling, "Comment ne pas être ignorant sur le monde" (TED, en anglais sous-titre en français)



Steven Pinker, "Is the World getting better or worse ?" (TED, en anglais)



5. La paix positive


La paix est assimilée de façon spontanée à la "paix négative", c’est-à-dire à l’absence de guerre et de violence armée. La paix dans ce sens correspond par conséquent à un cessez-le-feu. Mais il existe aussi ce qui est appelé une "paix positive", concept qui a été créé par le fondateur de la "science de la paix" Johan Galtung. Celle-ci stipule que "la paix est un processus actif qui va au-delà d’une attitude non-violente, qui recherche les moyens qui vont permettre non seulement de résoudre un conflit, mais aussi d’établir des liens et un esprit de respect et d’entente qui soient durables entre parties" (Graines de paix). La paix positive est une situation de paix durable et d’harmonie qui implique une élimination de la violence dite structurelle (situations de domination politique, économique ou sociale) et une "culture de la paix".



John Filson, "Negative and Positive Peace" (en anglais)



Goodwin Education, "Paix négative et positive" (en anglais)



6. La paix économique


La paix économique, concept créé par Dominique Steiler, ancien pilote de chasse dans l’aéronautique navale et actuellement professeur à Grenoble Ecole de management et titulaire de la chaire Paix économique, est le contraire même de la guerre économique. Elle "donne à l’entreprise la mission de contribuer au bien commun en renforçant le tissu social. Elle replace la performance et le profit à leur juste place, comme un moyen et non comme une fin" (Journée de la paix économique). Elle constitue par conséquent "l’alternative incontournable à un mode de fonctionnement des affaires basé sur l’hyper-compétition, l’individualisme exacerbé et la recherche unique du profit".



Dominique Steiler, "Oser la paix économique plutôt que l’hypercompétition"



7. L’économie positive


D’après l’Institut de l’économie positive, créé par Jacques Attali, l’économie positive "entend construire un nouveau modèle économique reposant sur une triple durabilité, sociale, écologique et démocratique afin de mieux prendre en compte l’intérêt des générations présentes et futures". Celui-ci peut d’ailleurs évaluer des "indices de positivité", tant pour les entreprises, les territoires que pour les nations.



Institut de l’économie positive, "Qu’est-ce que l’économie positive ?"



8. L’entreprise à impact positif


D’après le Mouvement Impact France, une "entreprise à impact social et écologique c’est 100 % de son activité dédiée à une mission d’utilité sociale et/ou écologique. Elle intègre les 4 piliers au cœur de son modèle : impact social, impact écologique, partage de la valeur, partage du pouvoir".



Sébastien Kopp, "Une entreprise à impact positif comme Veja, ça veut dire quoi ?"




9. L’entreprise contributive


La notion d’entreprise contributive a été créée par Fabrice Bonnifet, le directeur développement durable du groupe Bouygues et président du Collège des directeurs du développement durable (C3D), et Céline Puff Ardichvili dans le but de "concilier monde des affaires et limites planétaires". Les entreprises contributives "intègrent les enjeux de long terme dans leur stratégie. Elles ont un plus petit dénominateur commun qui se matérialise autour de 3 leviers : 1 - Se resynchroniser au vivant […] ne pas émettre plus de CO2 que ce que la planète peut absorber naturellement et prendre en compte ses impacts environnementaux significatifs dans son modèle économique afin de pouvoir les réduire voire les supprimer […]. 2 - Changer sa raison d’être […] Une entreprise contributive doit aller bien au-delà de la préservation du capital financier, elle doit aussi maintenir son capital naturel et son capital humain. 3 - Le modèle économique. Celui qui domine aujourd’hui est le modèle linéaire qui consiste à extraire des matières premières, fabriquer des produits, les vendre, les jeter. Cette approche n’est pas soutenable dans un monde fini en ressources" (Fabrice Bonnifet).



Fabrice Bonnifet et Céline Puff Ardichvili, "L’entreprise contributive"




10. L’Appreciative inquiry


L’Appreciative Inquiry se présente comme une "méthode de conduite du changement" dans le monde de l’entreprise. Celle-ci présente la particularité de marquer "une rupture avec l’approche traditionnelle par la résolution de problèmes pour centrer l’attention et faire reposer le changement sur les réussites, les acquis et les énergies positives de l’entreprise". Le premier postulat de cette méthode est, en effet, que "chaque entreprise a quelque chose qui fonctionne bien, qui lui donne vie, efficacité et lui assure des succès".



Ifai Appreciative Inquiry, "Méthode innovante et participative de conduite du changement"


Thibault Verbiest, "L’Appreviative inquity : qu’est-ce que c’est ?"



11. La santé positive


La santé positive est un concept élaboré par la Fabrique Spinoza. Celle-ci renvoie à la définition de la santé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour qui la santé ne se limite pas à l’absence de maladie, mais est "un état complet de bien-être physique, mental et social". La Fabrique Spinoza revendique également une "vision engageante de la santé qui ne soit pas alarmiste", ainsi qu’"une approche multifactorielle, globale et qui interroge jusqu’à l’épanouissement de l’individu".



Alexandre Jost (Fabrique Spinoza), "La santé positive"




12. Les écoptimistes


Les écoptimistes sont des écologistes rencontrés par la journaliste Dorothée Moisan, qui refusent de céder à l’éco-anxiété et même "rebondissent par l’action, la créativité, le rire, la transmission ou l’engagement".



Dorothée Moisan, "Les écoptimistes"



13. L’écologie positive


L’écologie "positive" est notamment incarnée aux Etats-Unis par la scientifique Alaina Wood qui, depuis 2021, qui cherche à démystifier le catastrophisme climatique et à "éduquer la population plutôt qu’à l’effrayer", ou en Grande-Bretagne par une chaîne YouTube comme Climate Science Breakthrough, qui diffuse des vidéos mettant en scène des comédiens et des scientifiques pour parler du changement climatique en utilisant l'humour pour être plus pédagogue et éveiller les consciences.



Alaina Woods, "The Garbage Queen" (en anglais)



14. La bonté humaine


Ces dernières années, dDifférents auteurs, tels que Jacques Lecomte - La bonté humaine. Altruisme, empathie, générosité (Odile Jacob, 2012) - ou Rutger Bregman - Humanité. Une histoire optimiste (Le Seuil, 2020), ont cherché à réhabiliter la bonté humaine. Jacques Lecomte considère ainsi que "la bonté humaine est le fruit d’un regard bienveillant posé sur autrui, d’une sensibilité à capter ses émotions, en particulier dans les moments de souffrance, et se manifeste par des actes et des comportements en sa faveur". Or, celui-ci estime que "L’être humain est biologiquement prédisposé à la bonté. Je ne dis pas qu’il est programmé ou prédestiné, mais il y a, en tout être humain, une capacité biologique à l’empathie, à l’altruisme, à la coopération, qui est plus profondément enracinée que ses tendances à l’égoïsme et la violence".



Rutger Bregman, "Humankind : A Hopeful History" (en anglais)



15. L’optimisme tragique


Le psychiatre Viktor Frankl, interné pendant trois ans dans le camp d’Auschwitz durant la Seconde Guerre mondiale, est à l’origine du concept d’optimisme tragique. C’est la quête de sens face aux inévitables tragédies de l’existence humaine, et en particulier face à la souffrance, à la culpabilité et à la mort, que Viktor Frankl qualifie de "triade tragique". C’est en définitive "la capacité de garder espoir et de trouver un sens à la vie, malgré la douleur, la perte et la souffrance inéluctables".



"The Case for a Tragic Optimism" - Viktor Frankl (en anglais)



"L’optimisme tragique de Viktor Frankl"



284 vues0 commentaire
bottom of page