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Les chroniques du positif : Et si on changeait de regard sur la France



L’affaire est entendue : la France traverse une crise profonde. Le pays est en déclin et peut-être même au bord de la guerre civile. Les Français sont très pessimistes. Ce sentiment très répandu a été bien évidemment renforcé par les émeutes urbaines récentes.


Personne ne nie les difficultés traversées par le pays et sa population. Mais il semble aussi primordial de tenir compte d’autres regards, sur la France et les Français.



D'autres regards sur la France et les Français


C’est, par exemple, le cas de Hans-Dieter Lucas, qui connaît plutôt bien la France pour avoir été ambassadeur d’Allemagne de ce côté-ci du Rhin de 2020 à 2023. Voilà ce qu’il affirmait dans un entretien accordé au Point en juillet 2023 : "Je ne comprends pas le pessimisme des Français. La France est un beau pays, un pays culturellement très riche avec un peuple qui a inventé, d'une certaine manière, le savoir-vivre. Les Allemands ne comprennent vraiment pas ce débat sur le déclinisme et la morosité française". On peut certes toujours rétorquer que c’est un étranger, qui ne connaît pas très bien la France et les Français qu’il voit depuis son bureau au sein d’une une ambassade située dans les beaux quartiers parisiens.


Prenons alors le cas de sondeurs et journalistes, dont le métier est justement de tenter de palper le pouls de la société et de la population françaises, tels que Thierry Keller, Blaise Mao et Arnaud Zegierman, auteurs d’un ouvrage intitulé Les Français, ces incompris (Ed. de l’Aube) paru en 2023. En se basant sur différents indicateurs, ils "démontrent que les Français ne sont pas du tout ceux que l’on croit". Pour eux, "Les observateurs aiment brosser le portrait d’un pays atomisé, au bord de la guerre civile et malheureux, alors que c’est tout l’inverse : les Français sont plutôt en quête de concorde, d’apaisement, et s’estiment chanceux de vivre en France". En même temps, "nos compatriotes estiment que les politiques ne savent pas 'les écouter', ni prendre la mesure de leurs aspirations profondes (à la justice, à la prise en compte de leurs traumas…)".




Ce livre se situe dans la ligné d’un autre livre publié par Thierry Keller et Arnaud Zegierman en 2021, Entre déclin et grandeur. Regard des Français sur leur pays (Ed. de l’Aube), dans lequel ceux-ci démontrait déjà "l’incroyable décalage entre le portrait d’un pays sinistré dépeint par la plupart des commentateurs et les opinions bien plus positives de la majorité silencieuse".




L’un de ces auteurs, le sondeur et sociologue Arnaud Zegierman explique ainsi dans un entretien accordé à La Nouvelle République à propos du travail d’enquête mené en 2023 qu’"on s’est rendu compte que, sur beaucoup d’aspects, les Français allaient moins mal que ce l’on croit, même s’ils ont le sentiment que cela va être pire dans les années à venir". Pour lui, "les Français sont plus nuancés qu’on ne le pense", par exemple sur le sujet de l’immigration. Ils "ne sont pas un peuple qui veut en découdre et sont même plutôt bienveillants". En définitive, "L’idée d’une France bloc contre bloc est statistiquement fausse".


Il est d’ailleurs intéressant de se pencher à ce propos sur les résultats du "Baromètre du lien social" réalisé par l’institut Ipsos, qui ont été divulgués en juillet 2023. Ceux-ci montrent certes que, pour une large partie des Français interrogés, le lien social en France est plutôt mauvais et que celui-ci tend à se détériorer ces dernières années.




Mais on s’aperçoit aussi dans cette enquête que beaucoup d'éléments rassemblent les Français aujourd’hui :

- le mode de vie (gastronomie, art de vivre à la française)

- le modèle de protection sociale

- les fondements de la nation (langue française)

- les fondements de la République (valeurs de la République, école laïque)

- et, plus largement, la liberté et la démocratie.





Enfin, ce qui rassemble également les Français, c’est avant tout le rejet de la violence et l’aspiration à la paix sociale.




Les "guerriers de la bienveillance" (D. van Cauwelaert) dans les quartiers sensibles


Cette nécessité de faire évoluer le regard vaut tout particulièrement pour les rapports, le plus souvent compliqués, entre policiers et jeunes dans les quartiers dits "sensibles", comme on a pu le constater de façon dramatique ces dernières semaines suite au décès du jeune Nahel le 27 juin à Nanterre.


Or, là aussi, il est important de faire porter son regard sur les initiatives qui existent en vue de favoriser apaisement et rapprochement.


On peut ainsi mentionner l’action des policiers de l’association Raid Aventure Organisation, qui entend "promouvoir le dialogue, la citoyenneté et les valeurs de la République à travers des activités ludiques, sportives et citoyennes", tout particulièrement via son dispositif Prox’. L’association organise ainsi depuis 1992 des "journées sportives et citoyennes encadrées par des policiers bénévoles", autant de "moments privilégiés de rencontre entre les policiers et les jeunes" au cœur des quartiers pour "dialoguer ensemble, répondre aux interrogations réciproques, et ainsi lever les malentendus", qui sont nombreux, dans le but de dépasser la "méconnaissance réciproque" entre jeunes et policiers. En 2022, ceux-ci ont aussi organisé une tournée en France pour présenter leur métier de façon pédagogique (Source).




L'association Graines de France agit, quant à elle, sur les représentations mutuelles des jeunes et de la police, et incite cette dernière à mieux communiquer sur ses métiers, ses attentes et sa vision de la société. Elle est notamment à l'origine de l'organisation pendant les vacances de rencontres entre jeunes de quartiers sensibles et des policiers (Source). Le choix du quartier est toujours orienté sur les tensions qui peuvent exister entre policiers et jeunes, avec l'objectif affiché de sortir des caricatures, d'un côté comme de l'autre. Les sessions, d'une demi-journée, sont organisées autour de 4 ateliers.


L’Agora des citoyens, de la police et de la justice (ACPJ) regroupe des citoyens, des policiers et des magistrats, ainsi que d’autres acteurs de la sécurité et de la justice en vue de déconstruire les préjugés sur les professionnels de la sécurité et de la justice, tout comme sur certaines parties de la population.


D’autres initiatives existent, telles que les Journées républicaines de la jeunesse (JRJ) dans la région parisienne ou le Centre de loisirs jeunes (CLJ) de la police nationale, en dehors de la région parisienne. On peut trouver ainsi 30 CLJ un peu partout sur le territoire, qui s’adressent aux habitants des Quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), des Zones de sécurité prioritaires (ZSP) et des Quartiers de reconquête républicaine (QPR). Le Centre de loisirs jeunes de la police nationale de Marseille, par exemple, a pour mission de "mettre en place une structure originale permettant aux fonctionnaires de Police et aux jeunes mineurs âgés de 8 à 18 ans de se rencontrer". Celui-ci propose des activités sportives, des projections vidéo et des échanges pour "renouer le dialogue entre les jeunes et les représentants de l’Etat dans la bienveillance". Ainsi que l’affirme un policier qui codirige le CLJ de la Saint-Etienne, "c’est plus facile de discuter en survêtement et à pied".


N'oublions pas non plus qu’il y a près de 240 délégués à la cohésion police-population (DCPP) au sein de la police nationale. Ce sont des réservistes civils de la police nationale qui sont "chargés de renforcer le lien entre la population, les acteurs de terrain et les services de police", notamment en mettant en place des réunions de quartiers, en menant des actions de prévention de la délinquance, ou bien en gérant les conflits de voisinage.



Par-delà les relations police-population dans les quartiers défavorisés, il paraît aussi essentiel de mettre en avant les individus et les organisations qui contribuent à y apaiser les tensions, d’une manière ou d’une autre.


Deux acteurs jouent à l’évidence un rôle essentiel en la matière : les enseignants en éducation prioritaire et les médiateurs sociaux, dont la mission est de "prévenir les conflits et les troubles à l’ordre public par le dialogue, en recréant du lien avec la population". Il existe d’ailleurs depuis près de 30 ans une association spécialisée dans la médiation sociale, Promevil.



Sans aucun souci d’exhaustivité, on peut mentionner aussi d’autres acteurs primordiaux, à l’instar de Vox Populi, créé par Armel Mombouli pour "contribuer à l’éducation de la jeunesse et renforcer l’employabilité des habitants des quartiers populaires par le prisme de la formation, la culture et le sport", par exemple via le programme Pop Skills, qui vise à aider les étudiant à trouver stages, formations et emplois ou à "remobiliser les jeunes adultes en difficulté d’insertion sociale et professionnelle".



Les Déterminés, association créée Moussa Camara, propose un "accompagnement gratuit à l’entrepreneuriat" (formation, accompagnement, réseau, mentorat) pour aider les habitants de quartiers populaires, mais aussi de zones rurales.




Banlieues Santé est une association qui a été créée par des professionnels de santé pour "lutter contre les inégalités sociales de santé et d’ainsi réduire l’écart d’espérance de vie entre riches et pauvres en France".




Humanitaria est une association qui développe des initiatives pour favoriser l’insertion par le sport et la culture.


Deux associations sont plus particulièrement connues du grand public. La première est AC le feu (Association collectif liberté égalité fraternité ensemble unis), association qui a été créée en novembre 2005 au moment des émeutes urbaines et qui s’est "donnée pour mission de faire remonter la parole des quartiers populaires auprès des institutions", en particulier sous la forme d’une sorte de cahier des doléances des quartiers suite à l’organisation d’un "Tour de France des doléances". AC le feu se présente aujourd’hui comme un mouvement citoyen apolitique de défense du droit commun, de lutte contre les discriminations et de promotion de la citoyenneté.


La seconde est l’Association IMAD pour la jeunesse et la paix, qui a été créée par Latifa Ibn Ziaten. Latifa Ibn Ziaten est la mère d’Imad Ibn Ziaten, un militaire qui a été la première victime de Mohammed Merah à Toulouse en 2012. Dans les semaines qui suivent, elle crée l’association IMAD pour la jeunesse et la paix pour "œuvrer à la mise en place concrète du vivre-ensemble" et se rend dans la cité où a grandi Mohammed Merah : "elle décide alors de tendre la main vers ceux-là mêmes qui sont la cause de sa douleur et trouve, dans ce qui est désormais le combat de sa vie, le courage nécessaire pour surmonter une épreuve qui aurait pu la laisser sans force et sans voix". Désormais, elle "parcourt la France pour témoigner, et va à la rencontre de la jeunesse, afin de préserver la cohésion sociale qui jusqu’à présent cimentait les relations entre les générations, ainsi qu’entre les Français 'de souche' et les nouveaux arrivants".



Mention spéciale enfin pour le père Patrice Gaudin, curé de Bondy, qui "prêche la paix auprès des jeunes des cités". Celui-ci considère que "La cité constitue une famille et le prêtre en fait partie. Nous vivons au milieu d'eux. Peu importe la religion, la figure du prêtre inspire une immense confiance. Cela me touche toujours, voire me bouleverse" (Source). Il a d’ailleurs cosigné en juillet 2023 une lettre adressée aux évêques de France où il leur demande de soutenir les prêtres et les paroisses des cités. Il est également le cocréateur, avec d’autres prêtres et des laïcs, de la Fraternité missionnaire des cités.


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