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Pour une transition positive : de la négativité à la positivité

  • Photo du rédacteur: eddyfougier
    eddyfougier
  • 23 avr.
  • 14 min de lecture

Le think tank Destin Commun a organisé un webinaire le 16 avril pour présenter les résultats de l’enquête "Fierté française". Tarik Ghezali, entrepreneur social et cofondateur de plusieurs initiatives, dont la Fabrique du nous, était invité à commenter ces résultats.


Pour lui, la France est un corps social qui a deux yeux avec, d’un côté, l’œil de "la France archipel" et, de l’autre, l’œil de "la France fraternelle".


La France archipel correspond au pays tel qu’il est perçu par les élites politiques et par une large partie de la population française. Destin Commun parle à ce propos des "3 D" pour déclin, dilution et division. C’est en tout cas ce qui ressort des résultats de l’enquête "Fierté française".


Mais, pour Tarik Ghezali, il y a aussi la France fraternelle, celle des plus de 1,5 million d’associations, des 20 millions de bénévoles et des milliers d’entreprises engagées. C’est la France des "3 F" pour fierté, fête et fraternité (les membres de Destin Commun, en particulier Laurence de Nervaux, et Tarik Ghezali se sont mis d’accord sur ces 3 F durant le webinaire).



Il ne s’agit pas, en l’occurrence, de voir le verre à moitié plein ou bien à moitié vide, mais bel et bien d’élargir son regard en voyant aussi ce qui va bien et ce qui est source d’espoir, et donc de passer d’une vision globalement dominée par la négativité – autour des idées de déclin, de dilution, de division, de défiance, de polarisation, de radicalisation - à une vision plus positive.


Il s’agit, en définitive, de passer de la négativité à la positivité. Comment parvenir à opérer cette "transition positive" ? C’est ce que nous allons voir ici.



Les 3 cercles de négativité


Il convient, en premier lieu, de prendre conscience du fait que nous sommes individuellement et collectivement très exposés à la négativité. En effet, nous sommes tous, en tant qu’individus, organisations ou société, enfermés dans ce que l’on peut appeler les 3 cercles de la négativité.




Le premier cercle est celui de la négativité quotidienne.


Ce sont les informations négatives que l’on ingurgite quotidiennement via le doomscrolling, les chaînes d’infos en continu ou d’autres sources, y compris les "small talks" négatifs avec un voisin dans l’ascenseur qui se plaint de telle ou telle chose dans l’immeuble ou bien les conversations que l’on peut avoir avec son entourage. C’est le négatif du quotidien.


Le second cercle est celui de la négativité conjoncturelle.


Il y a, et il y aura toujours, un ou des événements collectifs importants, la plupart du temps négatifs et/ou anxiogènes, qui sont largement couverts par les médias, qui alimentent nos conversations quotidiennes et qui déteignent sur l’atmosphère générale, voire sur notre humeur personnelle.


Ces événements peuvent être des conflits armés, des attentats terroristes, des crises économiques ou financières, des faillites ou des fermetures d’usines, des mouvements sociaux, des accidents, des catastrophes naturelles, des drames, des faits divers retentissants, d’autres faits de violence (délinquance, grande criminalité), des scandales, des décès de personnalités connues... Les événements "positifs" de ce type, eux, sont beaucoup plus rares. Cela a été le cas récemment, par exemple, des Jeux Olympiques de Paris de 2024.


En ce moment, l’événement conjoncturel majeur est bien évidemment la guerre en Iran et ses incidences économiques sur l’inflation, la pénurie de matières premières ou la croissance. A partir de la rentrée de septembre 2026, ce sera l’élection présidentielle en France avec ses incertitudes et les inquiétudes que cela peut générer : forte polarisation, violences politiques, perspective d’un second tour Mélenchon-Bardella, arrivée potentielle du RN au pouvoir.


Le troisième cercle est celui de la négativité structurelle.


C’est ce qui a été qualifié de "narratif dominant" ou de "macro-récit" négatif à propos de la France dans le webinaire de Destin Commun. Mais cela vaut tout autant pour ce qui se passe dans le monde puisqu’il est désormais question de polycrise ou de permacrise, pour parler d’une situation de crise permanente.


C’est ce que l’on peut appeler le "catastrophisme d’atmosphère", comme il a été question à un moment donné d’un « jihadisme d’atmosphère » (Gilles Kepel) ou bien d’un « antisémitisme d’atmosphère » (UEJF). Cela correspond à cette petite musique effondriste qui nous conduit à penser que la catastrophe, quelle qu’elle soit et quelle que soit sa propre vision des choses, est au coin de la rue : effondrement du climat et de la biodiversité, guerre civile, guerre en Europe, crise majeure de la dette publique ou du système de retraite, "submersion migratoire", arrivée de l’extrême-droite au pouvoir…


Cette négativité structurelle se nourrit aussi depuis une dizaine d’années d’une forme d’accélération des "phénomènes négatifs extrêmes" avec l’arrivée au pouvoir de leaders et de mouvements politiquement extrémistes dans plusieurs pays, la pandémie de Covid-19, les guerres en Ukraine, au Proche et au Moyen-Orient, la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes ou la révolution de l’IA.


Tout ceci forme un "cadre" qu’il est très difficile de modifier, alors même que cela a un impact sur les individus, en particulier sous la forme d’anxiétés, sur les organisations, par exemple en termes de motivation au travail, ou sur les sociétés, en nourrissant le pessimisme collectif, les défiances, les colères, la polarisation et la radicalisation et donc en affaiblissant la démocratie.


Ce cadre de négativité assez rigide est façonné par de nombreux acteurs qui ont eux-mêmes un biais de négativité pour des raisons avant tout économiques ou stratégiques car la captation de l‘attention du public a une valeur économique et constitue même le fondement de leur modèle économique. On le sait, la négativité, et en particulier la peur, sont les meilleurs moyens de susciter l’attention du public. Il en est de même pour d’autres émotions négatives, telles que l’indignation, le ressentiment la tristesse ou la colère. Ces acteurs sont, en l'occurrence, les médias traditionnels et les réseaux sociaux numériques.


D’autres acteurs peuvent avoir un biais de négativité, mais cette fois plutôt pour des raisons idéologiques car ils ont intérêt à démontrer que la situation est dramatique et qu’ils incarnent la solution pour y remédier. C’est le cas de leaders et de mouvements politiques, d’organisations syndicales ou d’organisations de la société civile, mais aussi de médias d'opinion, d’experts ou de consultants.


Tout ceci entre en résonance avec le biais de négativité de notre cerveau et avec un certain nombre de réflexes individuels et collectifs qui nous amènent, par exemple, à penser que c’était mieux avant et à minimiser les progrès. Cela nous conduit individuellement et collectivement à nous retrouver coincés dans une sorte de "trappe de négativité", comme l’on parle de "trappe à pauvreté" (poverty trap), dont il est très difficile de s’extirper. 



Les 3 cercles de contrôle


Une fois que l’on a pris conscience de cette exposition à la négativité, il convient de tenter, d’une manière ou d’une autre, de reprendre quelque peu le contrôle.



Pour cela, l’une des "techniques" à laquelle il est possible de recourir est un exercice simple, celui des trois cercles de contrôle, inspiré des "cercles d'influence" de Stephen R. Covey.


Il y a trois cercles ou trois colonnes. On doit indiquer dans chacun de ces cercles ou de ces colonnes les trois éléments suivants :  

  • (1) Ce que l’on peut contrôler

  • (2) Ce que l’on peut seulement influencer, sans pouvoir tout contrôler

  • (3) Ce que l’on ne peut pas contrôler


Cet exercice peut être effectué par un individu ou bien à l’échelle d’une organisation. Il vise à les inciter, d’un côté, à se concentrer sur ce qu’ils peuvent contrôler, et notamment à passer à l’action en la matière, et, de l’autre, à lâcher prise sur ce qu’ils ne peuvent pas contrôler, d’autant que ce que les individus et les organisations ne peuvent pas contrôler, ce qui a pourtant un impact sur eux, constitue à l’évidence un facteur d’anxiété, d’impuissance et de pessimisme.


Si l’on reprend les trois cercles de la négativité – négativité quotidienne, conjoncturelle et structurelle - et qu’on les croise avec les trois cercles de contrôle – ce que l’on peut contrôler, ce que l’on peut influencer, ce que l’on ne peut pas contrôler –, cela peut donner la situation suivante.


A l’évidence, il n’est pas possible de contrôler ce qui se passe dans le monde ou bien la façon dont les médias traditionnels couvrent habituellement l’actualité. On subit ces événements qui peuvent avoir un impact sur nous sans pouvoir agir sur eux. On peut le voir en ce moment par exemple avec la hausse du prix de l’essence consécutive à la guerre en Iran et en particulier au blocage du détroit d’Ormuz dans le Golfe persique. Il en est de même pour le traitement médiatique de l’actualité. On le subit sans avoir une véritable influence sur la façon dont les rédactions travaillent au quotidien.


Mais, on n’est pas démuni pour autant. Il est toujours possible d’avoir le contrôle sur quelque chose, plus précisément sur trois éléments spécifiques, ce qui peut nous conduit à identifier les trois cercles de la positivité.



Les 3 cercles de positivité


Nous pouvons toujours avoir le contrôle sur notre façon de gérer l’information que l’on reçoit de l’extérieur, sur nos réactions à ces informations et sur notre passage à l’action.



Informations


On ne peut pas contrôler l’actualité. Mais on peut très bien essayer de mieux contrôler sa façon de s’informer.


On ne peut pas stopper le flux quotidien d’informations négatives et anxiogènes. Mais on peut très bien arrêter le robinet d’infos de temps en temps – en décidant de consacrer un temps déterminé chaque jour pour s’informer ou du moment précis où on va le faire – ou en réduire son écoulement de façon drastique – en réduisant ses sources d’information ou en limitant les alertes et autres notifications.


Cela passe par conséquent par une autre façon de s’informer via les médias traditionnels ou les réseaux sociaux numériques, comme on a pu le voir dans la Chronique des Bonnes nouvelles consacrée à la façon de s’informer en temps de guerre. Cela implique aussi sans doute de privilégier les interactions avec des personnes "positives" dans son entourage.


Réactions


On ne peut pas contrôler les mauvaises nouvelles, les catastrophes ou les drames. Mais on peut tout de même essayer de mieux contrôler sa façon d’y réagir.


Cela fait écho à ce que les psychologues appellent le "style explicatif", à savoir la manière dont on explique ce qui nous arrive, ce qui est lié de près au sentiment de contrôle que nous pouvons avoir ou pas sur les événements. Ceux-ci tendent à distinguer deux types de styles explicatifs, le style optimiste et le style pessimiste.


Les individus qui ont un style explicatif optimiste estiment ainsi que les événements positifs de leur vie sont liés à des facteurs internes.


Cela signifie que, pour eux, ces événements sont liés à leurs actions ou bien à leurs caractéristiques propres. Ils considèrent, par conséquent, que ce qui est positif dans leur existence est le résultat de leurs actions, de leurs efforts ou de leur mérite. Or, ce sont des facteurs qui présentent la particularité, et l’avantage, de pouvoir se produire à nouveau, d’autant qu’ils sont liés à des éléments qu’ils peuvent contrôler, en l’occurrence leurs actions et leurs efforts.


Ces mêmes individus estiment également que les événements négatifs de leur vie sont liés à des événements extérieurs sur lesquels ils ont peu ou pas de contrôle.


Ils pensent donc être à l’origine des événements positifs de leur vie, tandis que les événements négatifs sont liés, de leur point de vue, à des facteurs qui leur échappent, qui sont en dehors de leur contrôle. Cela correspond exactement à l’exercice des cercles de contrôle qui incite les individus à agir là où ils ont une capacité de contrôle et à lâcher prise là où ce n’est pas le cas.


Le style explicatif pessimiste est bien évidemment d’une autre nature.


Les pessimistes tendent à penser ainsi que les événements négatifs sont liés à des caractéristiques internes. Ils vont donc considérer que, s’ils essuient un échec, c’est entièrement de leur faute ou parce qu’ils ont le sentiment d'être nuls. En revanche, les événements positifs, eux, sont liés, de leur point de vue, à des facteurs externes sur lesquels ils n’ont pas de prise et qui, au passage, ne vont pas nécessairement pouvoir se reproduire. Pour eux, si cela a marché, c’est par pur hasard. Ils n’y sont pour pas grand-chose.


L’optimiste pense donc être à l’origine des événements positifs de sa vie, tandis que le pessimiste, lui, croit être le responsable des événements négatifs de sa vie. La réalité est bien évidemment bien plus complexe et on est ici, de façon assez typique, dans ce que l'on appelle une erreur d’attribution car assurément, dans la vie, tout n’est pas lié à nos seules actions ou au seul hasard.


Néanmoins, on voit bien que le style explicatif pessimiste fait largement écho à la notion d’impuissance apprise, que le psychologue Martin Seligman a bien identifiée à travers diverses expériences menées notamment avec des chiens.


Cette impuissance apprise correspond à "un état dans lequel un individu, après avoir été exposé à des situations répétées et incontrôlables, développe une croyance profonde selon laquelle ses actions n’ont aucun effet sur son environnement ou sur les événements qu’il vit. En d’autres termes, la personne ‘apprend’ qu’elle est impuissante, même dans des contextes où elle pourrait pourtant agir efficacement" (source).


C’est exactement l’interprétation que font les individus qui ont un style explicatif pessimiste : ils ne pensent pas être en mesure d’obtenir par eux-mêmes ce qu’ils souhaitent, de provoquer, par leurs actions, des événements positifs dans leur vie.


Pour le même psychologue Martin Seligman, qui est également le fondateur de la psychologie positive, le style explicatif pessimiste repose sur trois réactions ou interprétations qu’il a résumées par 3 P.


(1) Le premier P correspond à Permanence.


Pour l’optimiste, les périodes difficiles sont vues comme seulement temporaires. Il pense que celles-ci ne vont pas durer. Le pessimiste, lui, tend à les voir comme permanentes et définitives. Il va d’ailleurs souvent recourir aux termes "toujours" ou "jamais".


Dans un tel contexte, il est évident que l’état d’esprit optimiste va faciliter les rebonds suite à un échec ou à un revers puisque ceux-ci sont perçus comme temporaires, alors que l’état d’esprit pessimiste peut conduire au renoncement à partir du moment où les difficultés et les obstacles sont jugés permanents. Cela risque donc de favoriser chez eux une forme d’impuissance apprise.


(2) Le second P correspond à Personnalisation.


On l’a vu, l’optimiste tend à blâmer les facteurs externes ou les circonstances lorsque les choses ne vont pas bien et estime que, si elles vont bien, c’est le résultat de ses propres efforts. Le pessimiste pense l’inverse. Il se blâme lui-même lorsque cela ne va pas et attribue les bonnes choses à la chance. Il va donc personnaliser les causes d’un échec.


(3) Le troisième P correspond en anglais à Pervasiveness, que l’on peut traduire par généralisation.


Lorsque l’optimiste échoue dans un domaine spécifique, par exemple dans son travail ou dans sa vie sentimentale, il ne va pas nécessairement remettre en cause ses capacités dans d’autres domaines. En revanche, le pessimiste, lui, va tendre à procéder par généralisation. S’il échoue dans un domaine, il est persuadé qu’il va échouer dans tous les domaines.


Tout ceci va conduire l’optimiste à penser que des bonnes choses vont se produire dans sa vie, d’autant qu’il est persuadé que ses efforts vont payer et qu’il est en mesure d’agir pour que celles-ci se produisent.


Le pessimiste, lui, peut tomber dans une forme d’impuissance apprise le conduisant à penser qu’il est dans l’incapacité de changer la situation qu’il vit, et donc qu’il ne sert à rien d’agir à partir du moment où il estime que les bonnes choses qui se passent dans sa vie sont liées à des facteurs externes sur lesquels il n'a que peu de prise. Et même s’il agissait, il va tendre à penser qu’il a de fortes probabilités d’échouer.


Il est néanmoins possible de faire évoluer son style explicatif, notamment par ce qui est appelé une "reprogrammation cognitive". Son objectif est, en effet, de modifier les réactions que nous pouvons avoir face à différentes situations en travaillant sur les pensées automatiques et sur les croyances irrationnelles que celles-ci révèlent.


Encore une fois, il ne s’agit pas d’avoir un impact sur notre environnement, sur lequel nous avons peu de contrôle, mais sur nos réactions sur lesquelles nous pouvons avoir davantage de contrôle. Cette reprogrammation correspond au "modèle ABC", créé par le psychologue Albert Ellis en 1955, qui est devenu par la suite le "modèle ABCDE" : A pour Adversité, B pour Belief (croyance), C pour Conséquence, D pour Disputation (délégitimation) et E pour Energization (énergie). Cette méthode consiste donc à identifier nos pensées pessimistes pour pouvoir ensuite les remettre en cause.


Il est intéressant de noter que ce type de réactions, et par extension d’impuissance apprise, ne concerne pas uniquement les individus. Cela peut se produire également à un échelon collectif.


Une étude publiée en 2025 montre ainsi que "le concept d’’impuissance acquise’, généralement défini comme un phénomène psychologique individuel, peut également s’opérer à l’échelle sociale collective. Introduit dans la littérature par les travaux expérimentaux du psychologue américain Martin Elias Peter Seligman, l’impuissance acquise désigne un état dans lequel les individus, après une exposition répétée à des expériences négatives incontrôlables, perdent leur motivation, deviennent passifs et cessent de tenter de changer leur situation. Nous proposons qu’un processus similaire puisse se produire dans les sociétés exposées à un traumatisme collectif. Ce phénomène peut être conceptualisé à l’aide du terme d’’impuissance acquise collective’, une notion encore peu explorée dans la littérature académique. Cet article plaide pour l’intégration du concept d’impuissance acquise collective dans le discours académique. Il suggère que des recherches interdisciplinaires sur ce sujet pourraient contribuer à des réponses plus proactives aux défis mondiaux tels que la crise climatique, les inégalités de revenus et la crise de la démocratie".

Pour les auteurs de cette étude, l’impuissance acquise collective est "le processus de croyance en la futilité de l’action et la passivité comportementale résultant d’échecs répétés. Cette passivité peut persister même si les conditions négatives disparaissent" (source). Ils estiment, en effet, que "la conviction que ‘quoi que nous fassions, rien ne changera’ devient une norme sociale".


D'après eux, cela permet d’expliquer "l’inertie (l’inaction) des sociétés face au déclin des démocraties, aux inégalités de revenus et aux crises environnementales actuelles". Cela paraît être, en effet, l’une des explications de la crise contemporaine de la démocratie. On le voit, par exemple, dans certaines enquêtes à propos du vote où une partie de la population considère que celui-ci ne sert pas à grand-chose et que leur vote n’aura aucun impact sur la politique qui sera menée à l'issue de l'élection. C’est une forme d’impuissance apprise sur le plan politique.


Les auteurs de l’étude défendent néanmoins l’idée que l’on peut sortir de cette impuissance apprise collective, comme on peut le faire à titre individuel : "l’impuissance acquise peut être surmontée chez les individus par l’action et la reprise en main". A un échelon collectif, "les réformes institutionnelles, le renforcement de la transparence et de la justice, la production de résultats concrets par la société civile et la reconstruction de la participation démocratique jouent un rôle crucial dans la transformation de la société". C’est encore et toujours la même idée de reprendre le contrôle… et d’agir.


Actions


Le troisième cercle de la positivité est, en effet, l’action, le passage à l’acte.


On peut essayer de mieux contrôler sa façon de s’informer et sa façon de réagir aux informations négatives. Mais, on peut aussi avoir un contrôle sur sa façon d’agir. Pour cela, comme on vient de le voir, il est important d’avoir un style explicatif optimiste et ne pas être victime d’une impuissance apprise.


L’action est ce qui est vivement recommandé pour les personnes affectées par les flux permanents d’informations négatives, par exemple, pour celles qui souffrent d’éco-anxiété. Cela permet à l’évidence de sortir d’un état de sidération ou de léthargie face à ces flux et, plus largement, d’un sentiment d’impuissance et de résignation.


Mais pour passer à l’action, l’une des meilleures incitations est sans aucun doute ce que l’on peut appeler une "positivité horizontale" ou une "positivité peer to peer", pair à pair en français.


La "positivité verticale" correspond aux conseils positifs donnés dans des livres ou des conférences et/ou par de grands résilients, des personnes qui ont connu de grands drames et qui ont réussi à s’en sortir. C’est important, mais cela peut aussi générer une forme de culpabilité car on n’est pas tous des Nelson Mandela ou des Philippe Croizon, et ce qu’ils ont vécu et fait relève de l’ordre de l’extraordinaire, voire du miracle. Ce n’est pas accessible au commun des mortels.


La "positivité horizontale" consiste, elle, plutôt à s’inspirer d’individus que l’on connaît personnellement ou bien à d’individus "comme nous", qui ont pris des initiatives, qui ont fait des choses et qui nous donnent envie, nous aussi, de passer à l’action parce qu’ils nous amènent à penser que c’est de l’ordre du possible et de l’ordinaire. S’ils l’ont fait, après tout, moi aussi, je peux le faire.


Ce basculement de la négativité à la positivité ne se fait pas d’un claquement de doigt tant à l’échelle individuelle que collective. Pour un individu, cela peut passer par une thérapie avec un professionnel en particulier pour faire évoluer son style explicatif et "se reprogrammer" d'un point de vue cognitif.


A l’échelle d’une organisation ou d’une société, ce basculement demande du temps et de l’énergie. Il n’en est pas moins indispensable si l’on veut échapper aux effets délétères de cette "trappe de négativité" dans laquelle nous sommes collectivement enfermés et être donc en mesure de faire face aux immenses défis qui se dressent devant nous.


 
 
 

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