top of page
Rechercher

Tous anxieux et tous paumés ?

  • Photo du rédacteur: eddyfougier
    eddyfougier
  • il y a 37 minutes
  • 13 min de lecture

 

A évidence, nous sommes dans une période de grands bouleversements. Certains vont parler de transition, tandis que d’autres la voient, et la vivent, comme une période d’effondrement.


Ces bouleversements ont trois dimensions :

  • Une dimension climatico-environnementale, dont l’élément central est l’impact du dérèglement climatique, comme on l’a bien vu cet été en France et dans d’autres pays européens

  • Une dimension technologique, dont le noyau dur réside dans l’impact de l’Intelligence artificielle (IA)

  • Mais aussi une dimension sociétalo-politique, incarnée en particulier par l’ascension des mouvements populistes de la droite radicale, leur arrivée au pouvoir dans certains pays, ainsi que par les conflits et les tensions internationaux qui se multiplient, la guerre en Iran en étant le dernier exemple en date.


Le "narratif dominant" à propos de ces trois dimensions est foncièrement pessimiste. Dans les deux premiers cas, il est même souvent question de survie de l’humanité et dans le troisième, de risque de Troisième Guerre mondiale ou de conflit nucléaire.


L’un des grands symboles de ce narratif pessimiste est l’horloge de la fin du monde. Le Bulletin of the Atomic Scientists évalue chaque année depuis 1947, soit le début de la guerre froide, ce qu’il appelle l’horloge de la fin du monde (Doomsday Clock). Le Bulletin of the Atomic Scientists n’est pas une institution comme les autres car elle a été fondée en 1945 par Albert Einstein, J. Robert Oppenheimer et des scientifiques ayant contribué au développement des premières armes atomiques dans le cadre du projet Manhattan aux Etats-Unis. L’objectif de cette horloge est d’alerter "le public sur le danger imminent que représentent les technologies dangereuses que nous avons nous-mêmes créées et qui menacent de détruire notre planète". La fin du monde est à minuit. Or, dans son édition 2026, celle-ci est à 85 secondes de minuit, alors qu’elle était à 17 minutes à la fin de la guerre froide en 1991, à 7 minutes en 2002, à 100 secondes en 2020 et à 89 secondes en 2025. Le chiffre de 2026 est donc le pire, le plus proche de la fin du monde, depuis sa création en 1947. Le Bulletin met l’accent sur quatre risques majeurs : le risque nucléaire militaire, le changement climatique, les menaces biologiques (notamment les programmes d’armes biologiques) et les technologies disruptives (IA).


Rares sont celles et ceux qui développent une vision optimiste dans les trois domaines vus plus haut. Et s’ils le font, comme cela a été le cas récemment de Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon et de Blue Origin, au salon VivaTech à Paris, le message et le messager sont souvent perçus avec une certaine suspicion.


Jeff Bezos a ainsi expliqué à Paris qu’il entendait faire en sorte que la Terre revienne à son état d’avant l’ère industrielle en envoyant toutes les activités polluantes sur la Lune ou sur des astéroïdes : "Si le voyage spatial devient suffisamment fiable et bon marché, et si nous pouvons obtenir nos matières premières d’astéroïdes et d’objets proches de la Terre et de la Lune, alors cette planète-jardin pourra être rendue à son état d’avant la Révolution industrielle" ; "Notre vision de long terme, notre rêve, est que toutes les industries polluantes puissent être implantées loin de la Terre". Il a également expliqué que "cette fois nous allons sur la Lune pour y rester". Enfin, il considère que la technologie va aider l’humanité. C’est en particulier le cas de l’IA. Il en conclut que "nous vivons au moment le plus incroyable", "il n’y a jamais eu de meilleure époque pour être entrepreneur, de meilleure époque pour lancer une entreprise". Cette vision que l'on pourrait qualifier de "techno-solutionniste" ou cet optimisme technologique sont néanmoins loin d’être partagés par le plus grand nombre.



Tous anxieux


Ces trois grands bouleversements tendent plutôt, en effet, à générer différentes formes d’anxiété.


La plus connue est bien évidemment l’éco-anxiété, cette anxiété liée à l’impact actuel et futur du dérèglement climatique. Elle est définie par l’ADEME comme "une détresse psychologique (mal-être) liée aux inquiétudes face à la crise environnementale" et par Hogg et al. comme un "état psychologique de détresse mentale et émotionnelle qu’un individu peut ressentir en réponse à la menace du changement climatique et aux problèmes environnementaux mondiaux".


Les enquêtes menées en France, ou ailleurs, indiquent que cette éco-anxiété est très répandue.


D’après une enquête de l’ADEME menée en 2025, 2,1 millions de Français seraient ainsi "très fortement anxieux au point qu’ils devraient bénéficier d’un suivi psychologique, parce que l’éco-anxiété menace leur santé mentale". Et parmi eux, 420 000 personnes seraient "en risque psychopathologique du fait qu’ils sont susceptibles de basculer dans une forme de trouble psychopathologique connu (dépression réactionnelle, trouble anxieux)". Par ailleurs, 2,1 millions seraient "fortement éco-anxieux" (avec bon nombre de symptômes d’éco-anxiété). Cela signifie que 4,2 millions de personnes seraient fortement ou très fortement éco-anxieuses en France. Enfin, 6,3 millions d’individus seraient "moyennement éco-anxieux" (avec quelques symptômes d’éco-anxiété, mais sans que leur santé soit menacée).

L’ADEME en conclut que "vu l’ampleur de ces chiffres, l’éco-anxiété peut être considérée comme un enjeu de santé publique", d’autant que ce phénomène "touche les Français de tout âge", et pas seulement les jeunes contrairement à ce que l’on peut penser. Dans cette enquête, les plus éco-anxieux sont néanmoins les femmes, les 25-34 ans, les habitants des grandes villes, les plus diplômés, et les personnes fortement intéressées par l’environnement.


Mais on parle aussi de plus en plus d’IA-anxiété.


C’est un terme, qui est apparu pour la première fois en 2023 dans le Predictionary 2023, "AI-nxiety" en anglais, pour désigner le "malaise face aux répercussions majeures de l'IA sur la créativité et l'ingéniosité humaines" et un "sentiment d'appréhension quant à savoir si ce que l'on voit est créé par l'homme ou par la machine".


Cela signifie que "cette anxiété ne se limite pas seulement à la peur de perdre son emploi ; elle s’étend à des enjeux tels que la désinformation, la déshumanisation de certains secteurs d'activité, ou encore l’augmentation de la cybercriminalité" (source). Cela renverrait notamment au "syndrome de Cronos", à savoir "cette crainte d’être remplaçable, voire inutile, d’être dépassé ou supplanté par la machine".


Il est aussi question désormais d’anxiété politique et même d’anxiété géopolitique.


L’anxiété politique est une forme d’anxiété générée par la politique et les politiques. Les psychologues, les psychiatres et les psychothérapeutes aux Etats-Unis ont observé que, depuis l’émergence de la figure de Donald Trump durant la campagne présidentielle de 2016, leurs patients parlent de plus en plus de politique dans leur cabinet. Les politistes s’intéressent aussi de près à ce sujet en tentant de le mesurer. C’est le cas du politiste américain Steven Smith qui a, par exemple, évalué dans plusieurs enquêtes qu’environ 5% des adultes américains interrogés déclarent avoir eu des pensées suicidaires à cause de la politique. L’American Psychological Association (APA) mesure également le stress lié aux élections. Pour une majorité d’Américains interrogés, les trois dernières élections présidentielles ont été ainsi une importante source de stress : 52% en 2016, 68% en 2020, 69% en 2024.


En France, cette forme d’anxiété a surtout émergé après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale par le président de la République en juin 2024 alors qu’une partie des Français anticipaient une victoire du Rassemblement national lors des élections législatives anticipées. L’anxiété politique devrait sans aucun doute croitre au fur et à mesure que l’on va se rapprocher de l’élection présidentielle de 2027.


En outre, certains auteurs considèrent, à juste titre, que la situation internationale est aussi une source de stress et d’anxiété. Mathieu Guidère parle ainsi d’"anxiété géopolitique", qui "s’alimente des tensions internationales, des conflits ouverts ou larvés, de la visibilité permanente des crises et de l’impression d’un monde en déséquilibre permanent". Selon lui, celle-ci "traduit la manière dont les bouleversements internationaux sont intériorisés par les personnes et transformés en états d’alerte, de vigilance et parfois de paralysie". Le docteur en psychologie Emeric Lebreton fait référence, quant à lui, à un "stress géopolitique" provoqué par "des événements qui secouent le monde : conflits armés, tensions internationales, menaces nucléaires, crises migratoires ou rivalités économiques".


L’édition 2025 de l’enquête Ipsos "World Affairs" menée dans 30 pays indique ainsi qu’en moyenne, pour 80% des personnes interrogées, durant l’année qui vient de s’écouler, le monde est devenu plus dangereux. C'est sans aucun doute l'un des symptômes de cette anxiété géopolitique.



Enfin, les enquêtes montrent que les Français ont de plus en plus de difficultés à se projeter dans un "futur désirable". C'est le cas dans la Vague 4 de l’Observatoire des perspectives utopiques de L’Obsoco publiée en mars 2026 sur la base d’une enquête réalisée en mars-avril 2025 auprès d’un gros échantillon représentatif de 4 000 personnes.


Le rapport de synthèse de l’enquête de L’Obsoco note ainsi l’existence d’"un haut niveau de pessimisme nourrissant une difficulté à se projeter dans un futur désirable" avec des Français de plus en plus pessimistes, ainsi qu’"une perception aigüe des risques globaux" dans "un contexte de défiance systémique".



Seuls 9% des Français interrogés pensent que la vie de leurs enfants ou de leurs petits-enfants sera meilleure, tandis que 62% estiment que "de manière générale, c’était mieux avant". En outre, 79% d’entre eux disent "avoir l’impression de vivre dans un environnement de plus en plus dangereux" (42 % sont tout à fait d’accord avec cette affirmation). Les risques qu’ils mettent le plus en avant sont une multiplication des foyers terroristes à travers le monde, un réchauffement climatique dépassant les 4 degrés et la multiplication des dictatures dans le monde. Or, ces risques suscitent d’autant plus d'angoisse que les Français doutent de "notre capacité collective à les contenir", compte tenu de leur grande défiance à l’égard du personnel politique ou du fonctionnement de la démocratie en France, mais aussi de la défiance à l’égard des grands acteurs de l’économie : géants du numérique, enseignes de la grande distribution, grandes marques de l’agro-alimentaire. L’Obsoco en conclut qu’en France, "on se défie des élites qui pilotent le 'système'".



Tous paumés


Tout ceci nous conduit à être tous un peu paumés et à nous inciter à essayer de nous rattacher tant bien que mal à tout ce qu’on peut pour tenter de tenir debout.


Ne nous voilons pas la face, nous sommes, en effet, tous un peu paumés dans cette période de grands basculements : on ne sait pas trop où l'on en est et où l’on va tant sur le plan individuel que collectif. Notre boussole individuelle et collective est largement déréglée. Elle a perdu le Nord.


Ceci est principalement lié à la remise en cause d’un grand nombre de repères en particulier depuis la pandémie de Covid-19, ce qui nous donne souvent une impression de chaos et d’être comme emportés par un mouvement que personne ne semble pouvoir vraiment maîtriser.


Rappelons-nous des réflexions qui étaient faites en plein confinement en 2020 sur le "monde d’après" autour de l’idée qu’il fallait enfin arrêter les conneries et que l’on ne nous y prendrait plus… Un peu à contre-courant, l’écrivain Michel Houellebecq expliquait alors que le monde d’après "sera le même, en un peu pire". Or, c’est plutôt lui qui avait raison. On imaginait mal, en effet, à l’époque ce qui allait se passer par la suite : la guerre en Ukraine, la poussée inflationniste, l’attaque du 7 octobre 2023 en Israël, la guerre à Gaza, puis au Liban, la dissolution surprise en France, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la guerre en Iran…


Dans un tel contexte, la tentation est grande de rechercher des réducteurs d’angoisse et d’incertitudes ou ce que l’on peut appeler des "substituts de sens".


Certains individus vont alors choisir la voie de la certitude idéologique ou religieuse par le biais de la radicalisation politique ou bien de l’intégrisme religieux, quelle que soit la religion. D’autres vont s’accrocher à une problématique identitaire spécifique, que celle-ci soit de nature religieuse, nationaliste, axée sur le genre, l’orientation sexuelle, un régime alimentaire spécifique... D’autres encore vont fuir dans le matérialisme, le consumérisme ou le divertissement. D’autres vont même reprendre à leur compte des visions catastrophistes, qu’elles soient effondristes, survivalistes ou apocalyptiques, ou bien des visions complotistes en voyant des complots partout.


L’idéologie, l’intégrisme religieux, l’identité, le consumérisme, le catastrophisme ou bien le complotisme peuvent donner l’impression, chacun à leur manière, de mettre de l’ordre dans le chaos et un sentiment d’appartenance à un groupe spécifique, d’autant que, dans les périodes de crise, on peut être enclin à choisir son camp et à se regrouper pour faire front face à un ennemi commun et/ou pour désigner un bouc émissaire.


L’anthropologue Pascal Boyer nous rappelle ainsi que les individus ne choisissent pas leurs dirigeants en fonction de leurs compétences. Dans les périodes de crise, le choix des dirigeants se porte souvent sur ceux qui sont les plus agressifs : "Dans les sociétés les plus petites, l’intelligence, la compétence et la capacité à résoudre les conflits sont en temps normal les qualités les plus prisées dans le choix des chefs. Mais une autre psychologie est activée lorsque le groupe est en conflit avec d’autres. Alors la préférence va aux individus les plus dominants et agressifs, les plus à même d'en imposer aux autres groupes, même si cela oblige les membres du groupe à tolérer les abus du leader". Cela vaut tout autant pour les sociétés modernes. Pour lui, "Ce qu’on appelle populisme est avant tout la recherche de leaders dominants. […] Ces leaders sont perçus par leurs partisans comme les défenseurs de leur coalition dans un jeu à somme nulle".



Il est évident que, dans cette période particulièrement troublée, nous avons besoin de repères. Mais ce n’est certainement pas par le repli sur soi, sur son ego, sur une identité spécifique, ou sur une vision radicalisée que l’on peut sortir individuellement et collectivement de cet état de choc. C’est un leurre.


Par ailleurs, la plupart de ces démarches relèvent également d’une forme de déni, que le rapport de l’Académie des technologies, que nous avons vu précédemment dans la Chronique des Bonnes nouvelles, définit comme "un moyen d’échapper, au moins temporairement, à un évènement traumatisant ou à un conflit interne inconfortable ou douloureux", qui peut nous amener à "refuser d’admettre une chose que nous savons pourtant être vraie et de refuser de nous confronter à la réalité".



Comment conserver le cap ?


Alors, que faire ? Il n’y a pas de recette miracle. La recherche de solutions simples, c’est justement l’un des travers qu’il faut éviter. Néanmoins, trois éléments paraissent importants pour traverser cette période troublée sans trop d’encombres.



Comprendre


Il convient sans doute, dans un premier temps, d’essayer de comprendre ce qui se passe, d’autant que, comme l’affirme Michelle Penelope King, "nous dramatisons ce que nous ne comprenons pas" et "l'intolérance à l'incertitude […] nous conduit souvent à imaginer le pire face à l'inconnu".


Il faut néanmoins le faire sans déléguer ce travail de compréhension à des organisations ou à des acteurs peu fiables ou intéressés qui vont chercher à diffuser leur propre "prêt-à-penser" sur le monde.


Cela implique par conséquent de faire preuve d’un minimum de flexibilité intellectuelle. La neuroscientifique Leor Zmigrod a identifié dans les expériences qu’elle a pu mener l’existence de ce qu’elle qualifie de "rigidité mentale" (elle parle aussi de "cerveau dogmatique"). Cela correspond à "la tendance à percevoir le monde de manière binaire et la difficulté à s’adapter au changement ou à l’incertitude".



Or, elle considère que les personnes psychologiquement rigides vont se montrer sensibles aux idéologies extrêmes. Celles-ci réagissent notamment de façon plus intense aux contenus les plus polarisants, émotionnels et dichotomiques des réseaux sociaux. En revanche, les personnes psychologiquement flexibles, elles, seront moins sensibles aux idéologies extrêmes. Celles-ci ont tendance à se montrer plus aptes à tolérer la nuance et mieux préparées à résister aux discours radicaux.


Mais comprendre et savoir ne suffisent pas. Les spécialistes du climat le savent bien, ainsi que l’affirme l’économiste Lauriane Mouysset : "Si une simple prise de conscience suffisait à résoudre la crise climatique, nous ne serions pas dans la situation critique que nous connaissons aujourd'hui. La science est claire, l'information est accessible, et pourtant, le passage à l'action reste lent. C'est que sensibiliser est une première étape, mais le véritable défi réside dans la capacité à rendre le changement désirable et souhaitable". Elle nous rappelle également que "Le changement ne vient pas de la peur, mais de la conviction que notre action a un sens profond pour l'avenir, pour l'humanité et pour la vie". Comme on l'a vu, pour elle, "le véritable défi réside dans la capacité à rendre le changement désirable et souhaitable".


Cela implique, au préalable, de penser que ce changement est possible et qu’il nous mènera vers une situation souhaitable. Cela implique donc d’espérer.



Espérer


Le Fil philo sur France culture est revenu à ce propos récemment sur la culture de l’espoir avec le philosophe allemand Ernst Bloch (1885-1977).


Pour lui, "l’espoir n’est ni naïveté ni chimère mais un rêve lucide qui s’oppose à la résignation". Celui-ci ne "s’oppose pas à la lucidité mais à la résignation". Espérer, "ce n’est pas fuir la réalité, mais s’y engager autrement", c’est "chercher dans le présent ce qui peut rendre l’avenir meilleur", c’est "une utopie concrète, qui aspire à ce que le meilleur prenne forme, devienne réalité et nourrisse nos efforts". En définitive, c’est "le seul remède à la fatalité".


Il faut donc avoir des raisons d’espérer d’autant que l’anxiété se nourrit d’un sentiment d’impuissance à faire bouger les choses.


Prenons le cas de la situation de la démocratie dans le monde. On le sait, cette situation se

dégrade ces dernières années. Il est même question d’une "vague d’autocratisation", qui est l'inverse même d'une vague de démocratisation.


La situation est-elle perdue pour autant ? Non, il y a des raisons d’espérer. C’est en tout cas ce qu’écrivaient récemment Javier Corrales et Susan Stokes dans un article publié dans la revue Journal of democracy. Ce sont deux spécialistes de ce sujet puisque Javier Corrales est l’auteur de Autocracy Rising: How Venezuela Transitioned to Authoritarianism (2022) et Susan Stokes, de The Backsliders: Why Leaders Undermine Their Own Democracies (2025).


Que disent-ils ? La situation des démocraties se dégrade – ils parlent d'une "vague d’érosion démocratique' - non pas parce qu’il y a eu des coups d’Etat, mais parce que des dirigeants démocratiquement élus ont remis en cause des institutions démocratiques, violé des normes politiques et tout fait pour accroitre leur pouvoir personnel. Néanmoins, on s'aperçoit que "La plupart des présidents et premiers ministres qui érodent la démocratie finissent par quitter le pouvoir, principalement parce qu'ils ne sont pas réélus ou que la limitation du nombre de mandats les empêche de se représenter. La majorité de ceux qui quittent leurs fonctions sont remplacés par des personnes respectueuses des institutions démocratiques et désireuses de les reconstruire. Nos recherches recensent 27 cas d'érosion démocratique survenus dans 22 pays depuis 1999. Dans vingt de ces cas, les dirigeants ont quitté leurs fonctions sans avoir achevé la transition vers l'autoritarisme. Parmi ces vingt cas, quinze ont été remplacés par des dirigeants qui ont soit enrayé le recul démocratique, soit opéré un net revirement vers la redémocratisation".


Cette analyse fait écho à ce qu’écrivaient les auteurs du Democracy Report 2026 du V-Dem Institute, l’un des principaux rapports annuels dans le monde consacré à la situation de la démocratie : "environ 70% des épisodes d’autocratisation de la ‘troisième vague’ ont été inversés". Cela signifie qu’il n’y a rien d’inexorable dans la marche des démocraties libérales vers une version dite illibérale, voire vers un régime autoritaire.


Ces auteurs ne cherchent pas à voir le verre à moitié plein. Ils s'efforcent de comprendre ce qui se passe en se basant sur des faits incontestables.



Agir


Après avoir compris et avoir repris espoir, il faut tout simplement passer à l’action. Les spécialistes de l’anxiété, de l’éco-anxiété ou de l’anxiété politique… ou encore de l’optimisme disent tous la même chose. A un moment donné, il faut agir, s’exposer à ce qui suscite nos craintes ou bien essayer de faire bouger les choses conformément à nos valeurs en se concentrant sur ce que l’on peut contrôler à son propre niveau.


Ne pas chercher à comprendre en gobant les explications les plus simplistes, désespérer et être dans la passivité et l’impuissance sont les meilleurs moyens de rester coincés dans une trappe d’anxiété et d’être totalement paumés.


Y voir plus clair, se projeter positivement dans l’avenir et agir de façon concrète pour faire évoluer les choses dans le bon sens, notamment en se connectant aux autres et en prenant soin de soi et de ses proches sont sans aucun doute de bons moyens de sortir de cette sinistrose et de cette "paumitude" ambiante.

 
 
 

Commentaires


© 2022 par L'Observatoire du Positif. Créé avec Wix.com

bottom of page